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Schopenhauer : « L’art d’être heureux » – extraits


Quand on est de bonne humeur, ne pas se donner de surcroît à soi-même permission de chercher, au moyen de la réflexion, si l’on a aussi des raisons d’être de bonne humeur en toutes circonstances : Rien n’est plus assuré de son salaire que la bonne humeur : car, en elle, salaire et action sont tout un. [Remarque : Quiconque est de bonne humeur a toujours une raison de l’être, en l’occurrence celle-ci précisément : qu’il est de bonne humeur.] Rien n’est capable comme elle de remplacer sûrement et en abondance tout autre bien. Quelqu’un est-il riche, jeune, beau, couvert d’honneurs ? La question se pose alors si, étant tout cela, il est de bonne humeur, à supposer qu’on veuille juger de son bonheur. Mais à l’inverse, s’il est de bonne humeur, peu importe qu’il soit jeune, vieux, pauvre, riche: il est heureux. – Nous devons donc ouvrir portes et fenêtres à la bonne humeur, peu importe quand elle se décide à venir. Car elle ne vient jamais au mauvais moment, alors que souvent nous nous demandons si nous devons la laisser entrer en voulant d’abord réfléchir si nous avons une raison d’être de bonne humeur, ou pour éviter qu’elle nous éloigne de nos réflexions pleines de sérieux et de nos graves soucis. Ce que nous améliorons avec ces derniers est fort incertain; en revanche, la bonne humeur est le gain le plus sûr qui soit. Et comme sa valeur ne vaut que pour le présent, elle représente le souverain bien pour des êtres dont la réalité a la forme d’un présent indivisible entre deux périodes infinies. Si donc la bonne humeur est le bien qui peut remplacer tous les autres et qui ne peut être lui-même remplacé par aucun autre, nous devrions donner à l’acquisition de ce bien la priorité sur toute autre aspiration. Mais il est certain que rien ne contribue moins à la bonne humeur que les occasions de bonheur extérieures, et rien plus que la santé. C’est pourquoi nous devrions placer cette dernière avant tout le reste, et chercher avec zèle à conserver le niveau élevé d’une santé parfaite, dont la fleur est la bonne humeur. Acquérir cette dernière exige qu’on évite tous les excès ainsi que tous les mouvements d’humeur violents ou désagréables, également tous les efforts intellectuels intenses et prolongés, enfin tous les jours au moins deux heures d’exercice rapide à l’air libre.

Schopenhauer, L’art d’être heureux.

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