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« Sortie de route » de Flora Souchier, lu par Jocelyn Danga


Paru en 2019 chez Cheyne Éditeur, « Sortie de route » est le premier recueil de poésie de la poétesse et comédienne Flora Souchier. Ce livre a été récompensé, la même année, par le prix de Poésie de la Vocation, décerné par la fondation Marcel Bleustein-Blanchet. Jocelyn Danga nous livre une lecture éclairante de cette œuvre magistrale. 

« Sortie de route » est un recueil de poèmes marqué par la vision, la perception de la personne vivante, expérimentant les facettes multiples de l’existence et se confrontant aux réalités parfois rudes, parfois abruptes du monde, des relations interpersonnelles ou d’un cheminement propre (monde intérieur). On arrive à lorgner l’espace qui nous entoure, ce carcan du quotidien, à travers les lentilles d’une femme révoltée autant que désillusionnée. Qu’elle parle à la première personne ou la deuxième du singulier, il y a souvent comme une évidence qui filtre : accepter la réalité, se résigner, c’est mourir dans une certaine mesure.

Bleue cantilène
Tiens ton châle
Tiens ton rang
Une épaule en arrière
Creuse ta tombe — Sombre
Va plus bas
La tête en l’air — Tombe

Mais que somme-nous face à ce monde qui nous entoure et nous étouffe ? Une conscience moins lourde peut-être, mais dépassée par le temps.

Je m’évanouirais bien si j’en avais la force.

Il faut cependant dire que l’amour a toujours la primeur dans tout battement de cœur. Un chant que l’on caresse au bord de l’esprit. Cet amour que parfois on croit tenir mais qui, une fois sur deux, ou peut-être plus souvent que ça, nous file entre les doigts. Une maladie comme toutes les autres (la lassitude, la langueur, le désespoir… l’abandon) dont on peine parfois volontairement à se débarrasser.

Guérir m’ennui…

Une danse ou quelque chose qui s’y rapporte entre la raison et la folie, la mesure et l’extravagance. D’ailleurs, si la mesure de la mesure est une mesure, qu’en est-il de celle de l’extravagance ? Lorsqu’on doit cartographier la folie, organiser des sorties de route tout en s’affolant de moins en moins mais gardant à l’esprit le péril, toujours de s’éteindre…

L’auteure nous emmène dans son monde à elle, parallèle peut-être, mais pas tant que ça. Un monde qui en a marre de certaines convenances et qui ne demande qu’à être, sans effort de logique ou de normalité. Juste un besoin d’authenticité, comme une richesse profonde que l’on craint parfois de perdre.

Cet état plein et libre que je crains de perdre

Une situation délicate qui parfois nécessite une portion de minutie pour un effort de vie « Je fais confiance à la peur comme à un mauvais mariage. »

On ressent à travers ces textes, pour peu qu’on s’y penche davantage, comme une sorte d’étirement, de déchirement que grossièrement on pourrait qualifier de paradoxe. Mais est-ce bien à tort ? Cela dit, à regarder avec plus de subtilité, l’on déduirait que l’auteur se trouve dans une situation de perpétuelle remise en question. Pas d’évidence si ce n’est la vie, le bonheur auquel on aspire comme à une chambre claire, mais que l’on se refuse d’espérer parce que l’espoir est une teigne, un choléra. Un bonheur que pour atteindre, il y a comme une nécessité, celle de :

Désapprendre les routines du malheur

Mettre autre chose à la place des engorgements

Un processus peut-être. Un espoir au bout du compte ou tout simplement un refus de contrainte… Un abandon de soi.

Si je me laisse faire j’ai beaucoup de chance

Il y a comme une odeur de solitude. « Alors je marche seule et dans les champs mouillés ». Une nécessité. Par moments, un besoin dont résulte ce déchirement pour le moins perceptible dès la première lecture. Une brûlure.

Les requins nagent dans mon corps

Parce que la carcasse androgyne, telle que présentée au début de la deuxième partie, n’en est pas vraiment une. Une porte dans le cœur encore ouverte.

Tu m’as cuite dans ta patte

La note de la fin sonne comme une touche d’espoir, une course vers la félicité ou tout simplement un état indescriptible qui dénote toutefois d’une certaine maturité du personnage. Le retranchement, la distanciation. Plus rien ne semble atteindre le personnage qui monologue à la première personne si ce n’est toujours la colère, la fougue, la hargne comme résultante d’un désir de vivre et d’exister. L’écriture entre autres exutoires.

Cette lecture est un voyage vers un monde à la fois privé et public.

Jocelyn Danga

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