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Recension de la pièce de théâtre « Bateki Mboka » de l’auteur congolais Tata N’longi Biatitudes


Tata N’longi Biatitudes, de son vrai nom Hervé Bia Buetusiwa est un écrivain congolais très engagé dans le domaine culturel en République Démocratique du Congo. Il est l’auteur de deux recueils de poèmes : « Mes j’aime » (Pangolin, 2017) et « Cœur (é)pelé » (Éditions du Net, 2018). « Bateki Mboka » est sa toute première pièce de théâtre.

Bateki Mboka, traduit littéralement en français par : « ils ont vendu, soldé le pays », est une pièce de théâtre inscrite dans une logique socioculturelle et sociopolitique de lutte et de résilience à la fois individuelle et collective.

Comme il n’y a généralement jamais deux sans trois, le contexte socioéconomique n’est pas en reste dans la trilogie scénique avec d’une part le dirigeant (Général Nkoyi) et ses proches, Léviathan versant impunément dans la gabegie financière à la colonel Bobo et de l’autre, le peuple (tout le reste), ployant sous la domination d’un « tirant » au règne sans partage. Entre les deux, un Etat en piteux état.

Une scène quasi lugubre des réalités administratives illustrées par l’image d’une gare désaffectée, analogie relativement kafkaïenne de la conception globale qui sert entre autres de point de départ de la pièce.

Le conflit étant flagrant, l’intrigue quant à elle ne se laisse pas dénicher d’emblée. Elle accompagne le lecteur-spectateur jusqu’à la fin de son parcours pour enfin lui laisser comme un goût de mitigation sur les lèvres.

En effet, lorsque finalement les rideaux se referment, chaque spectateur-lecteur se trouve dans une position où il ne peut probablement qu’envisager un certain nombre de possibilités finales au drame, parallèles ou connexes. Ce côté ouvert, quasi évasif de l’épilogue, confiant à chaque spectateur-lecteur le pouvoir de co-écriture est une forme de cri à l’espoir, arguant silencieusement depuis la plume de l’auteur combien tout est possible même dans un pays mis à terre comme cette Cité-Etat vendue.

L’ensemble de la pièce tourne autour de quatre personnages centraux dont le chef Liboma, l’employé téméraire de la gare désaffectée que tout le monde traite de fou et qui, lui-même, reconnait une part de vérité dans ces allégations « Je suis fou, mais à moitié. J’insiste, c’est très important. Dans ce pays, on n’a pas le sens de la précision. On me traite de fou sans préciser à quelle hauteur se situe ma démence. Moitié ! Voilà, je suis à moitié fou. Ou je ne suis qu’à moitié fou. Selon que l’on regarde le fou à moitié plein ou le fou à moitié vide. »

Le chef Liboma a une fille, Mamba, qui rêve de partir. Un sujet de migration abordé dans un aspect plutôt tragique puisque cette dernière perdra la vie en chemin sans jamais voir l’Eldorado de ses rêves.

L’adversaire véhément du chef Liboma, le général Mfumu-Nkoy-Elombe, celui qui a pris le pays tout entier en « otage », a un fils, Muana Nkoyi. C’est là que se corse l’intrigue jusqu’à déboucher sur une tragédie quasi shakespearienne où le rêve, la réalité, les objectifs, les attentes, les douleurs, les regrets, les alarmes, les cris, les pleurs, les espoirs, les résignations, les ardeurs, les retrouvailles, les intimités, les doutes, les remises en questions, les idéaux, les sacrifices… ont une frontière assez poreuse.

Cela dit, le mérite de cette pièce c’est l’exergue de l’humanité telle un bourgeon de fleur germant sous l’effet de la photosynthèse dans l’humus. Puisque parfois il convient de reconnaître que le soleil nourrit nos attentes et que dans les ténèbres, quand la nuit noire bat son plein, tout ce qu’il faut espérer, c’est que l’aube jaillisse à nouveau dans le ciel…

Jocelyn Danga

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