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Pwa Grate: Jessica s’est affranchie de la peur de dénoncer


Essayer de parler d’une œuvre ou d’en porter mes critiques m’est toujours une chose de dur labeur à effectuer. Surtout quand il s’agit d’une œuvre poétique. Car on risque toujours d’entrer dans un labyrinthe où on ne saura jamais s’en sortir. J’ai failli tomber dans ce même piège en laissant mes yeux et mes sens traîner dans les pages de « Pwa Grate »

Avec beaucoup de prudence, je me suis glissé subrepticement entre les vers de Jessica Nazaire. Après tant de lecture et de relecture j’arrive à visualiser et identifier le décor planté par l’auteure pour dénicher les tares d’une société en quête d’identité, une société qui cherche sa raison d’être. Des métaphores sensibles à la gâchette, une façon de dire qu’au moindre regard, on a l’impression qu’on s’est déjà conduit dans un univers inconnu.

Jessica Nazaire s’est affranchie de la peur de dénoncer, comme le font beaucoup de poètes haïtiens contemporains. Comme si la poésie doit essentiellement servir à quelque chose. Avec une voix pleine de remords, elle étale l’état de cette ville – Port-au-Prince – en chute libre.

« Pitit te m di w
Ou pa bezwen rive bò mache Salomon
Pou w konn kòman mouch
Fawouche elèv lekòl
Ou pa bezwen rive nan ri Monseyè Giyou
Pou w konn jan rigòl fèzèdkont…
Alòs kounya w a konprann
Ki valè madjigridji powèm sa t ap pote
Si simityè pa t konn fè planin »

Elle tient les mots à contre-courant aussi facile que l’on peut imaginer. Peut-on admettre qu’avec cette facilité étonnante de saisir le réel pour le porter vif sous nos yeux jusqu’à en faire preuve d’une plaie béante à panser, l’auteure est soumise à une sensibilité démesurée et une envie d’expier les gabegies des autorités étatiques ? Jusque-là, la position de Jessica dans sa démarche poétique ne prouve pas le contraire et ne prend pas sa distance avec une telle tentative.

Ainsi, comment pourrais-je définir la poésie de Jessica Nazaire, si l’on tient compte de chaque image taillée d’une telle dextérité, qui parfois met en relief l’imaginaire collectif de l’être haïtien, et parfois son mal-être provenant d’un complot de nos politiques.

« Se nan je timoun Aviyasyon
m li levanjil grangou
Se nan bouch timoun Pòtay
M aprann tout mereng lamizè
S on kout ri leta »

Entre éloge d’amour, de rêve, d’amitié, surgit l’aisance même de « Pwa Grate ». Ce recueil déshabille les malheurs risqués dans l’insouciance d’un amour pieux. C’est peut-être – j’ose dire peut-être, juste pour m’agripper à la sensation plutôt qu’à la compréhension de ces vers – un appel à l’apostasie :

« Lanmou mwen ak ou
P ap peye pyès bri kouri
Sou labib
Pyès radotay lavi kenbe nan dan
Relijyon s on plamencho rate
S on sansi k ap kabicha
Pawòl nan bouch ou »

Si la poésie refuse l’évidence, il est évident de considérer « Pwa Grate » comme une œuvre poétique. Car l’auteure expose des images orchestrées par des mots lointains et souvent justes. Un mariage inouï, bref, insolite. De l’amour à la mort, du temps à l’espace, aucune opportunité de saisir ou du moins d’appréhender ces vers au premier degré.

« Tanpri pran pwa kè m
Wa konnen jan lari
Fè rim sou pòv nan ri Pave
Jan grangou fè timoun Channmas sezaryèn
Pran pwa kè m cheri
W a konnen konbyen moun Tibwa
Legliz bay move jan […]
Depi w pa bò kote m jou pè jou
M santi kav apik anba pye m
Tanpri cheri an n renmen
Avan kè m tounen maleng »

Billy Doré

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