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« Propos sur le Poème » de Carolyne Cannella



Fluence du verbe

« Fluence » du latin « fluere » : s’écouler.

Une parole vivante suit, non seulement le rythme de la pensée de celui qui parle, mais elle est in-fluencée par les sentiments éprouvés au long de la lecture -découverte du texte. Influencée, elle l’est par la réceptivité de l’auditoire, et la manière dont celui qui parle sent qu’on l’écoute.

L’on perçoit alors deux styles ou façons de lire.

1. La lecture est souvent réalisée sur un ton monocorde, stéréotypé, en mode automatisé.

Le ronron débité par les présentateurs-télé en est un bon exemple. Ceux-ci – jamais présents à ce qu’ils énoncent, leur esprit étant occupé à prévoir ce qu’ils vont dire l’instant d’après – , sont-ils réellement à l’écoute de leurs allocutaires et interlocuteurs, lors d’un entretien ? Dans ce genre de lecture automatique n’apparait aucune image mentale ni sentiment, et cela peut brouiller la compréhension du texte reçu par l’auditeur.

2. La lecture en adéquation avec le sens du texte qui nécessite une participation de la respiration.

Avant de prononcer les mots qui constituent la phrase, l’on inspire et, selon le sens, la longueur du vers (s’il s’agit d’un poème), la respiration sera longue ou brève, vive ou mesurée, modulante ou rythmée. Une phrase ne peut démarrer sur une expiration mais immédiatement après l’élan inspir-atoire. L’auto-écoute de la parole, y compris celle des silences, est nécessaire et c’est dans les pauses que l’on anticipe ce qui déterminera les prochaines intonations. Les modulations, le rythme, l’articulation, l’expression même du visage, reflètent le sentiment de celui qui dit. Mais souvent les diseurs se cachent derrière un ton monocorde, vide, dénué de sens. Parole exsangue.

Opter pour l’articulation, c’est rendre la phrase claire et intelligible.

Apprenons à respirer, à immerger le sens, à ralentir, et maîtriser le souffle.

Pénétrons le sens du poème.
Écoutons le silence,
sa résonance…


Ecrire un poème


explorer la langue
emprunter d’autres chemins …


De ne plus leur insuffler suffisamment de musique pour les faire danser, les vers deviennent aphones ; dévitalisés, ils se meurent.

Les mots choisis le sont à l’aune de l’effet que l’on désire créer.

J’aime que le mot impacte celui qui le reçoit.

Souvent, lors d’une composition, un oxymore allitéré surgit qui enlace et colore le vers qui se met à chanter.

De surcroît, certains mots contiennent un timbre particulier, une harmonie – mosaïque heureuse de voyelles et consonnes mêlées – sur laquelle flotte cette résonance poétique
essentielle à mon ouïe.

Car, pour écrire, l’oreille interne est nécessaire qui ouvre et accroît l’espace des mots, tout en les reliant en un phrasé souple, fluide et musical.

J’aime le jeu des combinaisons sonores et, du travail sur la matière de la langue, l’effet auditif produit, élan mélodieux de la convergence des sons.

Et cette dissonance soudaine, issue de l’antinomie entre absurdité du sens et puissance des sonorités !

Carolyne Cannella, in Propos sur le Poème.

5 commentaires sur “« Propos sur le Poème » de Carolyne Cannella”

  1. Avatar Kalbesh Kutsonya dit :

    Magnifique.

    Le nom “Omabarigore” de la ville poétique de Davertige, illustre bien cette combinaison sonore et ce timbre particulier heureux, de puissance et de gloire, par cette de mariage se syllabes, de voyelles et consonnes harmonieux.

    Un exemple parmi tant d’autres

  2. Avatar Sam dit :

    Il ne faut ni croire, ni écouter le présentateur télé. C’est une langue serve, prostituée, la lanque du pouvoir et des affaires, un reflet français, allemand, ou serbo-croate du pidgin english, de la pub. Quelque chose noir, envahissant la langue pouir la réduire.

    La lecture peut être vivante, c’est une évidence, mais il faut répéter les évidences, parfois…Attention à ne pas en faire trop, le lecteur ne doit pas surpasser le texte qui se reconstruit dans l’esprit de l’auditeur…

    Enfin, écrire un poème ce n’est faire un paquet de jolies formules, d’adjectifs brillants et de sentiments bien propres sur eux, mais donner une langue s’écartant des académismes, une langue qui exprime un sentiment, une chose, un paysage avec un ou plusieurs mots (et silences) qui le montrent ou l’évoquent différemment de l’éclairage commun. Dans cette création, c’est la langue qui importe, qui se tourne vers elle-même et choisit l’inédit qui peut être dans le choix des mots, ou leur arrangement.

  3. Avatar Destoumieux dit :

    C’est un partage d’une remarquable teneur pédagogique.

  4. Cannella Cannella dit :

    Lien de ma chaîne, pour ceux qui désirent s’abonner à mon anthologie poétique :

    https://www.youtube.com/c/GataXangacarolynecannella/about

    https://www.youtube.com/c/GataXangacarolynecannella/videos

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