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« Plaie, monde, vide » : Lire « Le vide, la ville » de Mlikadol’s Mentor dans le contexte actuel



L’urgence du monde recommande souvent la relecture de certaines œuvres afin de se ressourcer et de s’élever loin de la torpeur que porte la routine, le retour des gestes communs par ces temps nus du confinement.

Ainsi une nouvelle lecture des poèmes “Le vide, la ville” a permis de dire que le poète, à moins d’être voyant ou prophète, marque l’avenir dans le présent. Le poète est marqueur de parole. Si le poème peut être prétexte pour dire la vie, le monde, ces petits riens qui valent tout un trésor, il l’en est par ailleurs dans l’expression que livre l’écrivain qui, sans doute, peut révéler l’avenir.

Ainsi le poète Mlikadol’s, semble-t-il, a choisi sans arrière-pensée de noter comme “démiurge” un futur qui deviendra inéluctablement présent. En effet, des vers du recueil mettent en lumière une plaie qui traversera ce bas-monde dans lequel nous respirons et avalons notre souffle et du vide laissé dans les vies et les cœurs.

“Blessure ouverte
Au cœur du monde
Plaie partagée

Toujours la blessure
S’écarte de toi
Jamais ne survivra
Un monde sans ton sourire” (p.13)

Plus loin, le poète assène:

“Tu verras du monde
Que le luxe de la souffrance” (p.14)

Soulignons dans les différents vers pris en exemple, l’emploi du futur au moment de l’écriture qui situe l’action verbale dans les contours d’un temps qui n’est pas encore, dans l’inexprimable parfum des temps à venir.

“Laisse-toi raconter le jour
Quand le chaos s’achève
En mille étincelles de nuit ” (p.16)

“Tu vivras désormais
Des fantômes de ton royaume
En mal de peuple à dominer ” (p.21)

Parlait-il de cette plaie inconnue (cf. Covid-19) avec ses cortèges de morts qui se comptent par milliers et centaines de milliers ? Ailleurs, le poète parle d’un prince et le “tu” qu’il emploie, fait référence à celui-ci. Il règnera sur un royaume de “fantômes” (morts ou revenants), et fini l’oppressive domination du monde.

Ici, Mlikadol’s nous livre ces lignes:

“Des tombes
J’en ai mille en moi
Mille dans ma ville

Le vide
Trop plein de cimetières
Des tombes

Tu verras dans chaque coin
De ma ville” (p.41)

À part cette urgence de dire le futur qui n’était pas encore, relevons dans ce long poème un grand désir de dire le drame national, le dénuement de la terre haïtienne. Ce regard porté sur “le vide” par endroit fait référence à la mort, la privation, traduit le vide laissé aussi par le doute, la déchéance du pays, des politiques.

“Ici on dîne les maux du doute On vit ici
Des mots du doute
Ici on doute encore de la vie” (p.59)

Et : “Ma ville est faite de nuages
de sang de discours et de futur en ballotage
Ma ville d’incertitudes
Essaim de princes
Aux royaumes suspects”

Établir un lien entre les mots et le monde constitue la trajectoire, le destin même de l’écriture depuis Homère, Sophocle et Euripide. “La production littéraire doit recouper les impératifs de la réalité contemporaine. Elle en doit être le reflet sans chercher à être le vecteur. En effet, par le travail de l’écrivain, la littérature ne donne qu’un aperçu du vécu. Elle ne saurait retranscrire néanmoins tout le jeu complexe des actions humaines. D’ailleurs, le fait littéraire ne s’en donne guère cette prétention. Toute écriture est par essence impressionniste” ( la littérature comme mode d’expression de l’urgence contemporaine).

Soulignons la modernité du texte qui défile des termes chers aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (Facebook, 4G, cliché, 3D, internet, d’ébats en ligne, etc). Cela nous rappelle l’excursion d’un certain Guillaume Apollinaire au début du XXème siècle dans “Zone”, ( Alcools). Mlikadol’s use un langage dépouillé d’artifices pour donner corps au poème.

“Le vide, la ville” de Mlikadol’s Mentor, paru aux Éditions Jebca aux USA, est publié en 2016.


James Stanley Jean-Simon
jeansimonjames@gmail.com

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