Idées Phénoménologie de la caresse

Phénoménologie de la caresse


La caresse, sensibilité qui transcende le sensible, consiste à se saisir de rien, à solliciter ce qui se dérobe comme si il n’était pas encore.

Emmanuel Levinas

La caresse est ouverture, elle est offrande, elle se donne comme un acte de grâce. Par la caresse, je rends grâce à l’autre qui s’offre dans sa vulnérabilité en même temps que je m’expose dans la mienne : aucune prise ni emprise dans mon geste mais seulement l’affirmation de la toute puissance de la douceur. La caresse fait ainsi signe vers un au-delà du monde, une antériorité, une origine perdue. Avec la caresse reçue ou offerte, c’est le monde qui chaque fois renaît dans la grâce.

La caresse conjugue surface et profondeur : dans l’effleurement ou l’affleurement, c’est encore le corps dans toute sa densité et son maillage subtil qui tremble. La caresse rappelle que la douceur est la langue de l’amour. Elle prédispose et prépare le corps à l’embrasement. Par elle, tout secret se dévoile et la nudité se révèle dans toute sa splendeur. Elle marque ainsi la prééminence absolue de l’Autre, elle l’enveloppe dans sa totalité d’être et le reconnait dans sa beauté et sa souveraineté.

La caresse est le mode le plus subtil du toucher : elle ne retient jamais rien à elle, elle laisse tout fuir entre ses doigts. L’autre ni y est ni tout à fait lui-même ni tout à fait un autre. Il se tient à la lisière, au bord de l’être. Le corps se dénude une seconde fois sous l’effet de la caresse : il accède à cette volupté érotique où la force se donne comme vulnérabilité même et ou être revient à n’être pas encore ou à être déjà tout, soudain, dans l’abandon le plus pur. La caresse est en définitive un acte divin.

Julien Miavril

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