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Mon auteur.e – Eunice Eliazar : « Il faut lire comme il faut aimer »


En vue de promouvoir la culture du livre et de la lecture, Plimay, à travers sa nouvelle rubrique baptisée Mon auteur.e, est allé à la rencontre d’Eunice Eliazar, une passionnée, affirme-t-elle. Journaliste et co-fondatrice du magazine jeunesse Rêver d’arc en ciel, elle nous a parlé, à travers cet entretien, de son expérience avec les livres, de sa passion pour la lecture et de son auteur du mois.

Plimay : Qui est Eunice Eliazar ?

Eunice Eliazar : Ce n’est pas toujours une simple tâche de parler de soi sans tomber dans une sorte de panoplie de détails. La frontière à respecter entre donner le nécessaire de soi et ménager ses propos peut être un véritable casse-tête chinois. Souvent, en tant que journaliste, c’est moi qui me retrouve de l’autre côté de la barre : je pose les questions et on me répond. On assiste à un inversement des rôles, et sincèrement c’est un peu bizarre.

S’il faut répondre concrètement, je dirais comme vous le savez déjà je suis journaliste au quotidien Le Nouvelliste. J’ai un baccalauréat en droit et je fais des études de communication sociale à la Faculté des Sciences Humaines.

En 2017 j’ai co-fondé un magazine jeunesse, « Rêver d’arc-en-ciel », dont le premier numéro sera disponible cet été en ligne et sur papier, (si la situation pandémique le permet). Je suis également la rédactrice en chef.

P. : Quelles sont les choses qui te passionnent dans la vie ?

E.E. : Je suis une passionnée. Ce qui veut dire que j’aime vivre. En ce moment j’attends le retour des beaux jours et leur lot d’activités.

Pour diversifier je vais dire que j’aime le jardinage tout comme la lecture est l’une des passions dont je ne saurais jamais m’abstenir. Ce n’est pas à cause du confinement que le besoin de lire se fasse ressentir. Moi je lis à mon rythme. Contre l’insomnie. Pour me divertir. Pour apprendre ou comprendre. S’il faut suivre l’ordre des choses, comme jamais deux sans trois : je pense que les enfants ont toujours cette capacité à me ramener à la petite fille que j’étais. Rieuse, insouciante et comme ma maîtresse disait avec la tête dans les nuages. Une manière de formuler, en étant une jeune adulte aujourd’hui, mon amour pour les gosses. Je me plais à être en compagnie des enfants, à travailler avec eux et surtout à préserver l’insouciance de la vie d’antan. Mais il faut l’admettre, à mon âge, ce que j’aime par-dessus tout avec les enfants, c’est qu’ils ne sont jamais les miens.

P. : Qu’est-ce qui t’a poussé à aller vers les livres ? La lecture, t’aurait-elle apporté quelque chose de plus dans la vie ?

E.E. : Je ne sais pas trop ce qui m’avait poussé vers les livres quand j’étais petite. Comment exprimer une lassitude d’enfant ? Comment dire la mélancolie que porte une enfant ? Comment traduire ce chemin entre l’insomnie et la curiosité enfantine ? Je lisais pour tuer le temps. Je lisais contre l’insomnie ou pour m’échapper à la maison du père ; pour m’échapper à moi et à mon quotidien monotone. Mais je pense qu’il doit y avoir quelque chose de bien plus profond, une sorte de connexion entre les livres et moi. La lecture m’a sauvée. De moi et de mes tourments. De l’autorité patriarcale. De mes illusions. Et elle m’aide toujours à me recentrer sur mes objectifs.

P. : C’est qui ton auteur.e du mois ? Parle-nous en donc un peu, et du livre que tu lis en quelques lignes.

E.E. : Stig Dagerman. Un écrivain suédois qu’un ami m’a fait découvrir l’année dernière avec l’essai philosophique : « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ». Je viens de terminer en ce moment « L’enfant brûlé » de Stig Dagerman. « On enterre une femme à deux heures, et à onze heures et demie le mari est dans la cuisine, devant le miroir fendu, accroché au-dessus de l’évier. » L’incipit du chef-d’œuvre de Stig Dagerman, qui date de 1948, commence par ces mots. C’est une mère qui est morte en laissant un mari et un fils de vingt ans. Il est peut-être trop tard pour savoir qui elle était, mais son absence prendra un poids que sa présence n’avait pas su porter. Entre le père et le fils, c’est-à-dire le veuf et l’orphelin de mère, naîtront à tour de rôle la peur, la tendresse, une suspicion mutuelle, la jalousie, la haine et l’amour puisque la frontière entre ces dernières n’est qu’un amalgame de petites nuances. Ce récit bouleversant est divisé en dix-sept chapitres et nous entraîne dans les méandres d’une histoire qui porte littéralement la cicatrice d’une brûlure. Il faut également noter que ce bouquin élève le lecteur vers la subtilité d’un souvenir qui va jusqu’à altérer le quotidien d’une famille. L’enfant est brûlé physiquement par une chandelle qui symbolise la mère absente (morte) lors du repas de funérailles. Et moralement brûlé, parce que l’enfant est consumé par son chagrin. À travers ses larmes il voit, observe et comprend…

Stig Dagerman


P. : Suggèrerais-tu ce bouquin à une autre personne ? Donne-nous-en les raisons !

E.E. : Je me donne pour objectif de lire toute l’œuvre de Dagerman. Pour l’éloquence du dire ou de l’écrire et parce qu’il touche à une corde sensible de nos réalités quotidiennes. Je parle presque toujours de mes lectures à des amis et parfois je note ou élabore les réflexions faites à partir de mes lectures. Cela dit, je le suggère à tous ceux qui liront ce billet, (mais pitié, je ne prêterai pas mon bouquin).

P. : En ce temps de confinement, que peut réellement la lecture dans la vie de quelqu’un ?

E.E. : Si on n’avait pas l’habitude de lire, je ne sais pas à dire vrai si le confinement peut être une source révélatrice. Je pense qu’on s’adonne toujours aux choses qu’on aime peu importe les circonstances.

P. : Quel (s) conseil (s) donnerais-tu à ceux et celles qui ne se sont pas encore jetés à cette belle aventure ?

E.E. : La lecture ? Il faut lire comme il faut aimer. Au prime abord, ça peut paraître simple. Mais dis-moi si tu as déjà eu à rencontrer d’autres verbes aussi complexes dans la vie auxquels lire et aimer n’en feraient pas partie ? Et moi je crois dure en mon truc : la lecture permet de questionner l’amour et vice versa. La lecture permet de tout questionner. Et ce qui est époustouflant, parfois il y a des amours qui échappent à ce schéma de remise en cause.

Il faut lire pour inventorier le monde, pour apprendre, comprendre, remettre en question. Il faut lire pour réapprendre. À vivre. À aimer. Et pour ne pas se laisser aller à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque, comme le dirait Brel.
Il faut noter que Dagerman est mon auteur du mois avec seulement deux livres lus. Je n’ai pas encore les autres bouquins en ma possession. Je lis actuellement un essai philosophique de l’écrivain allemand Hartmut Rosa : « Rendre le monde indisponible ».

Si je dois me fier à mes premières perceptions, ce livre propose une alternance entre la disponibilité et l’indisponibilité. À moins que nous ne devions de le dire : disponibilité partielle ? H. Rosa nous invite à découvrir, en quelque sorte, le monde comme point d’agression et de résonance.

Propos recueillis par Cherlie Rivage

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