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Maurice Ravel : la parfaite adéquation du texte et de la musique


Avec un goût de la précision, de la construction, un sens des couleurs et des timbres instrumentaux, Ravel se renouvelle constamment dans toute son œuvre vocale, avec ses « signatures » harmoniques et mélodiques.

Quant à la prosodie, (adaptation d’une ligne mélodique à un texte), dès ses premières œuvres, Ravel prend des libertés avec la tradition. Ainsi, chaque syllabe se doit d’être entendue, y compris les « e » muet. La souplesse mélodique est au service du mot, de l’ondulation de la phrase parlée, et de son rythme.

Les auteurs qui l’ont inspiré : Marot et Ronsard (Renaissance), Evariste Parny (exotisme romantique), quelques parnassiens (Leconte de Lisle, Verlaine, Mallarmé), les symbolistes (Roland de Marés, Régnier, Verhaeren, Gravollet), Jules Renard, Léon-Paul Fargue, Paul Morand, et Colette (librettiste).
Mais aussi l’Orient, les Mille et une nuits, ses contes, merveilles et mystères…

Ravel poète est en osmose parfaite avec l’atmosphère du poème qu’il ré-enchante en musique. Avec ses «signatures» harmoniques (accords de septièmes et de neuvièmes d’espèce, de quinte augmentée, appogiatures non résolues, etc.), et mélodiques (usage des intervalles de quarte et de septième), il se renouvelle constamment.

Trois poèmes de Stéphane Mallarmé

Dans ces Trois poèmes de Stéphane Mallarmé de 1913, l’un des sommets de la musique vocale de Ravel, la ligne vocale est souple et épouse le texte, hors de toute éloquence bavarde, avec une instrumentation toute en nuance et finesse, une harmonie extrêmement raffinée, et presque a-tonale parfois.

On perçoit l’adéquation entre la poésie et la musique : « J’ai voulu, dit Ravel, transposer en musique la poésie mallarméenne, et particulièrement cette préciosité pleine de profondeur si spéciale à Mallarmé ».

Dans un entretien accordé au New York Times à la fin des années 20, Ravel déclarait : « Je considère Mallarmé non seulement comme le plus grand poète français, mais comme le seul, puisqu’il a rendu poétique la langue française qui n’était pas destinée à la poésie. Les autres, y compris cet exquis chanteur qu’était Verlaine, ont composé avec les règles et les limites d’un genre très précis et très formel. Mallarmé a exorcisé cette langue, en magicien qu’il était. Il a libéré les pensées ailées, les rêveries inconscientes, de leur prison »

Les trois poèmes pour voix, piano, quatuor à cordes, deux flûtes, deux clarinettes se présentent ainsi : Soupir – dédié à Igor Stravinsky Placet futile – dédié à Florent Schmitt Surgi de la croupe et du bond – dédié à Erik Satie. Les trois poèmes sont brefs : 37 mesures pour Soupir, 28 mesures pour Placet futile et 24 seulement pour Surgi de la croupe et du bond (Les deux premiers poèmes sont les mêmes que ceux choisis par Debussy pour son oeuvre Trois poèmes de Mallarmé ).

Soupir

Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !
Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.

Placet futile

Princesse ! à jalouser le destin d’une Hébé
Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
J’use mes feux mais n’ai rang discret que d’abbé
Et ne figurerai même nu sur le Sèvres.

Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni la pastille ni du rouge, ni Jeux mièvres
Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres !

Nommez-nous… toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeau d’agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les voeux et bêlant aux délires,

Nommez-nous… pour qu’Amour ailé d’un éventail
M’y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail,
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.

Surgi de la croupe et du bond

D’une verrerie éphémère
Sans fleurir la veillée amère
Le col ignoré s’interrompt.

Je crois bien que deux bouches n’ont
Bu, ni son amant ni ma mère,
Jamais à la même Chimère,
Moi, sylphe de ce froid plafond !

Le pur vase d’aucun breuvage
Que l’inexhaustible veuvage
Agonise mais ne consent,

Naïf baiser des plus funèbres !
A rien expirer annonçant
Une rose dans les ténèbres.

Choisies pour vous, voici deux interprétations :
Vidéo 1
Vidéo 2

Carolyne Cannella

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