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Linguistique et Littérature


Le structuralisme littéraire, une démocratisation de la lecture

La Linguistique, spécialement celle dite structurale, porte une contribution fort importante non seulement dans l’analyse des textes littéraires, mais aussi privilégie une lecture plurielle des textes. Ce tournant linguistique dans  les champs littéraires est dû, en grande partie, aux travaux de Roland Barthes. Observant cet ample apport de la linguistique en littérature, notamment dans les textes poétiques et romanesques, nous aborderons partiellement dans cette présentation le sens comme ce qui serait la fin de toute analyse, et le texte par sa structure qui est l’enveloppe du sens.

En 1968, Barthes a publié un article dans la Revue Langages intitulé Linguistique et Littérature dans lequel il cherche à trouver le rapport entre Linguistique et Littérature. Il postule que cette rencontre entre ces deux disciplines est naturelle. De son côté, la linguistique doit accorder une place importante à ce qui est « incontestablement langage, à savoir les textes littéraires ». En effet, le penchant linguistique en littérature, selon lui, devient un éclairage pour la « science littéraire ». De ce fait, la linguistique lui habilite de s’opposer à un procédé très classique dans l’analyse littéraire avec la figure emblématique de Gustave Lanson.

Selon la tradition pérennisée par Gustave Lanson, celui qui parle ou écrit dans une production littéraire est toujours l’auteur. L’image historique et psychologique de ce dernier était la portion essentielle pour le lecteur qui veut comprendre le texte. Un travail négligeant la langue comme étant une structure participant à la construction du sens. Au dire d’Abdellatif Samiky (2014), l’approche lansonienne est un travail historique sur la littérature puisqu’elle visait l’auteur – sujet sociologique, son intention – pour interpréter les textes littéraires. Pour Lanson, nous cite Samiky (2014) : « en tant que porteur d’idées, d’aspirations et de rêves de générations, l’écrivain est toujours en relation avec un milieu environnant qui l’inspire. Également, les éléments intimes de sa vie, son éducation et ses lectures influencent le processus de création de son œuvre ». Cependant, avec les travaux de Barthes (1968) qui allaient concevoir le texte comme un système de signes, les données allaient changer. L’analyse des critiques ne tient plus sur un rapport œuvre/auteur. La lecture d’un texte est plurielle et à chaque lecture il y a une nouvelle compréhension.

Barthes et le Structuralisme

Le structuralisme est une « méthode fondée sur un postulat qui est aujourd’hui largement acceptée dans les sciences humaines », et toute objectivation, selon cette approche, « se fait par l’élaboration d’une structure ». Elle rejette tout ce qui est extralinguistique. La définition du concept structuralisme est, dans le cadre de ce travail, de type linguistique comme discipline où émane ce dernier. En linguistique, il est défini comme une réflexion systématique portant sur la langue comme étant un système fait de signes linguistiques, et la valeur de toute unité dépend de son rapport avec les autres unités du système. Cela dit que tout texte, considéré comme une structure, son sens (s1) est la résultante de relations cotextuelles des mots, de phrases qui le constituent. Il y a évitement de tout ce qui ne contribue pas à la textualité. De ce fait, le lecteur se place au centre du texte et va nous permettre de parler de démocratisation de la lecture.

Nous envisageons la notion de démocratisation de la lecture dans la mesure où la figure auctoriale n’est pas nécessaire pour le lecteur. Ce structuralisme favorise la démocratisation de la lecture considérée ici comme la possibilité qu’ont les lecteurs de trouver une signification dans tout écrit littéraire sans besoin, dès leur première lecture, de l’explication de l’auteur ou de déceler son ‘‘intention’’. En effet, en 1968, Roland Barthes a déclaré la mort de l’auteur.

Barthes et sa conception de la mort de l’auteur

Cet éminent théoricien de la littérature a déclaré la mort de l’auteur, l’être tout puissant dans les études littéraires. La mort de l’auteur est un rejet de toute historicité, de toute intention auctoriale. Ce n’est pas l’auteur qui parle mais le langage (Samiky 2014 : 50). Barthes esquive tout regard vers l’auteur comme autorité dans l’étude littéraire. En conséquence, le texte, spécialement production littéraire, est considéré comme un tout structuré écartant l’omniprésence de l’auteur. Ainsi, trouve-t-on le contenu du vouloir dire de l’auteur à travers les signes, éléments matérialisant la pensée. Le pouvoir du sujet parlant et/ou son ethos deviennent signes, tous intégrés dans le système, la production de l’auteur. Toutes images  sont en ce moment une forme qui tient le fond et donne à percevoir ce que ces signes sémiotiques viennent d’assigner. Comme dit Samiky (2014 : 35 ) : « l’auteur se transformera en scripteur, l’œuvre en texte, la référence externe en littérarité, la réalité biographique/historique en langage, et l’interprétation en lecture multiple. Tout se fait par le langage, à travers le langage et dans le langage ». On contemple le règne du lecteur car la lecture est multiple. L’écrit littéraire n’est pas un instrument, un signe qui cherche principalement à dire une vérité. Le rapport œuvre/auteur est tombé. Parfois, on peut écrire un texte poétique sans émettre aucun message, c’est ce qu’exprime Gérard Dessons (2008 : 29) : «…on peut dire quelque « chose » sans avoir quelque chose à dire. »

Il cite un exemple de Fernando Pessoa : « Je vous écris aujourd’hui poussé par un besoin sentimental, un impérieux désir de vous parler. Il est évident que je n’ai rien à vous dire. » (1916)

En quelque sorte, on est en face d’un exemple démontrant comment une production littéraire sert à plaire sans dire de grande chose.

La littérature, sa fonction comme un art

La forme se placerait au second plan par rapport aux intérêts portés au fond. Disait Victor Hugo, « la forme est le fond qui remonte à la surface ».

Cette forme est faite de construction syntaxique, d’images stylistiques qui touchent certains sens (vue, l’ouïe) et provoque une sensation au lecteur d’où nous pouvons parler de « plaisir du texte », pour reprendre Roland Barthes. De ce fait, on retrouve le premier niveau de la littérature comme art qui est la notion d’esthéticité, quelque chose qui séduit le lecteur  et qui vient d’une lecture qui n’est pas une « lecture prétendument savante, attentive, conforme à l’attente du texte …» (1998 : 150). Il est évident aussi de croire que l’effet sur le lecteur s’est produit sans son autorité péritextuelle mais de la pratique de lecture. C’est ce qu’explique Iser (1978 : 21), cité dans Compagnon (1998 : 159 ). Le bienfait que les textes nous apportent se trouve dans la pratique de lecture, une largesse qui se trouve dans la forme de l’expression, prise comme la matérialité, la physique du langage. Cette forme a une existence consubstantielle au contenu, au message auquel la fonction poétique du langage est basée selon Roman Jakobson.

Cette culture qui est la lecture est faite comme une pratique de loisir pour se divertir. Selon Thierry Paquot (2015), la vie de l’homme en société semble alterner entre travail et loisir. Une telle pratique où l’on est en contact avec la langue est considérée comme un type de loisir. Dans un tableau, Roger Sue (1998) dresse une liste de loisirs plaçant la lecture dans la catégorie de celle dite culturelle. Après la lecture, dans ce type de loisir, on retrouve la télévision et le cinéma. Ce qui différencie la lecture des autres loisirs culturels, réside dans un rapport dialogique entre le lecteur et le scripteur. Une telle pratique facilite un développement cognitif chez le sujet, comme l’indique Joffre Dumazedier (1962), disant que la lecture a trois fonctions essentielles, à savoir la fonction « de délassement, de divertissement, et de développement ». Pour que cette trouvaille jubilatoire des textes se produise, on n’envisage aucune présence auctoriale, elle arrive lorsque le texte se met en mouvement par le lecteur. Selon Iser (1978 : 21) dans Compagnon (1998 : 159), l’œuvre littéraire a deux pôles […] L’un qualifié d’artistique et l’autre d’esthétique : « Le pôle artistique est le texte de l’auteur, le pôle esthétique est la réalisation accomplie par le lecteur. » Une lecture d’un poème de Georges Castera, de Raynaldo Pierre-Louis ou de Jeudi Inema, nous charme en terme de création artistique, d’image, de style que la langue produit dans l’usage par un sujet comme la métaphore, l’oxymore, etc.

A partir de ce travail d’aujourd’hui, comme dans les années 60, le structuralisme contribue à la pratique d’une lecture d’œuvres poétiques ou romanesques – celle-ci a une sorte de poéticité, en tenant compte de la fonction poétique de Jakobson portant sur le message – pour mieux entrer en contact avec le texte et se mettre au jeu du langage et vivre la langue. Le lecteur est l’élément principal qui tient le texte en vie, sans lui l’écrit de l’écrivain ne serait pas texte littéraire. L’analyse ou autre pratique en littérature ne doit pas baser uniquement sur une connaissance de l’auteur, le texte est autonome. Néanmoins, on admet les limites du structuralisme dans des textes à dominance pragmatique et autres dans l’analyse du discours où l’on doit admettre l’influence du locuteur dans l’activité langagière et le contexte de production pour appréhender le sens.  

Walner Olivier


Références bibliographiques

Barthes, R. (1968). «Linguistique et Littérature». Langages, La Revue, 3 (no 12), p. 3-8.

Compagnon, A. (1998). Le démon de la théorie : Littérature et sens commun. Paris : Seuil.

Dessons, G. (2008). Introduction à l’analyse du poème. Paris : Armand Colin.

Mounin, G. (1939). Les problèmes théoriques de la traduction. Paris : Gallimard.

Mounin, G. (dir) (2004). Dictionnaire de la linguistique, coll. « Quadrige », no 153, Paris : PUF, p.306.

Paquot, T. (2015). « Loisir et loisirs ». Hermès, La Revue, 1 (no 71), p. 182-188.

Samiky, A. (2014). Le concept de la mort de l’auteur chez Roland Barthes, mémoire de Master. Toronto : York University.

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