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L’immémoriale saveur de l’aube


Ce recueil « N’oublie jamais la saveur de l’aube » de Parme Ceriset, conçu avec force et selon des cycles qui se font secrètement écho, est tout entier placé sous le signe de la quête initiatique. Et si les chemins sont multiples qui peuvent conduire à la terre promise puis à l’ « Eden primordial », il n’en reste pas moins que celui de l’amour est seul à offrir un horizon de joie perpétuelle. Il est celui qui nourrit et aimante toute l’épopée poétique de Parme. Il est celui en qui tous ses pas se défont ou se fondent. Le vibrant éclair qui fait trembler l’édifice tranquille de la conscience humaine, et qui rappelle au devoir de faire « acte de résistance ».

Cette résistance est à l’œuvre tout au long du recueil et prend ainsi différentes formes. Elle prend tout d’abord corps dans ce serment fidèle fait à l’aube de se souvenir de la lumière qu’elle déverse amoureusement dans le monde. Vivre devient un commandement, un impératif catégorique qui prend bien souvent les traits d’une « rage » insolente et libre. Il s’agit d’un corps à corps avec la mort qui nous intime de jouir de chaque instant qui compose notre séjour terrestre. La parole qui s’y déploie singulièrement est celle d’une « louve » qui ne renonce jamais. Et même la présence de ces « héros solaires » et hyperboréens, veilleurs imprécatoires, ne suffit pas à contenir cette rage dans sa puissance de déploiement fatal :

« Alors je redeviendrai cette louve enragée errant
au hasard de la nuit,
Je guetterai l’arrivée de la mort,
Je mordrai dans sa chair infâme
De mes crocs acérés (…)
Avec un acharnement démesuré. »

L’Éros même ne se donne que dans sa flamboyance nue et sa sauvagerie primitive. Il rythme de son feu le combat acharné de la poétesse :

« Là est l’Éros véritable,
Celui qui rayonne
D’un éclat irrésistible et sauvage,
Pareil à un loup. »

Très vite, la poétesse nous narre sa traversée du gouffre et de la nuit. Sa vision de l’idéal prend la forme d’une célébration de tous ses compagnons d’âme, d’armes et de larmes. De même, elle s’exprime sous la forme de la sororité. Solidarité mythique et poétique est ainsi rendue à ces « soeurs amazones », sœurs de joie et de combat, en lutte pour faire de la bataille pour la vie et pour l’art une véritable profession de foi, un sacerdoce brûlant et constant. Hommage est également rendu à tous ces êtres qui l’ont accompagné sur le chemin de la guérison, au temps où la maladie rôdait autour de son « lit de mort ». Ainsi de ce « frère de l’ombre » dont le sacrifice d’amour exemplaire est superbement célébré. Ainsi également de cet Ange gardien qui offre réssurection et révélation sur les rives de l’au-delà que la poétesse a effleurées.

Et c’est bien dans « une quête du sens » que se trouve formulé le vœu de recourir à la lumière des étoiles. Au coeur de l’abîme, elles scintillent afin d’éclairer celle qui tâtonne dans l’obscurité et y cherche un nouveau visage. Le passé s’actualise alors dans une temporalité comme suspendue, et qui est celle des résurrections cycliques propres « aux braises de l’espoir-phénix ». La nostalgie pour tous les êtres aimés s’exprime alors sous la forme de l’élégie. L’amour devient ce « chemin qui conduit irrésistiblement » au coeur vivant et vibrant de l’amour. Et dans une alternance de poèmes rimés à la métrique vigoureuse et rigoureuse, et de poèmes plus « libres », la poétesse nous délivre un seul et même message : fais le pari de vivre et alors, l’amour éclairera autant ton chemin de braises que ton « torrent de feu ».

Aucune compromission n’est alors permise sur ces routes escarpées du temps :

« Certains voudront t’aider mais en t’asservissant,
En ferrant à ton âme leur sceau rougeoyant,
Ne signe tes écrits que de ton propre sang,
N’appartiens qu’à toi-même et au souffle du vent. »

Mais toutefois, l’idéal d’un amour pur et absolu n’est jamais loin :

« Leur osmose porte la robe d’émeraude
D’une étoile qui danse au coeur de l’infini »

Et bien vite, il se réalise dans la quête de la « liberté libre » pour reprendre les mots de Rimbaud. L’espoir vif, la rage de vivre, la foi en un amour éternel et immortel sont autant d’étendards qui émergent du combat pour une vie délivrée de tout mensonge et de tout artifice. Ils deviennent proclamation de la victoire des forces de vie et de lumière sur celles du chaos, du « non-sens et de la mort ». Ils deviennent résistance en acte pour un surcroît d’amour, de vie et d’intensité. Et ils chantent le retour d’une aube salvatrice venue pour installer un soleil nouveau dans le monde. Le recueil de Parme recèle ainsi de superbes trésors poétiques qui se glanent à l’orée du gouffre. Il nous invite à reprendre espoir sur notre chemin de lutte, et à résister à l’emprise fatale de la mort. Enfin, il dit la merveille d’aimer et d’être aimé comme gage d’une éternité possible et ressentie dans un seul et même instant qui se répète sans jamais trahir son secret.

Julien Miavril

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