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L’illusion, une nouvelle de Raoul Duffy Lindor


Il pleuvait depuis trois jours à Jacmel. Les gouttes de pluie dansaient  dans le vibratile des tôles et l’humidité y jetait une odeur de frisson et d’engourdissement. Le soleil, malgré ses maintes et floues apparitions, n’avait pas encore surgi. Il était recroquevillé derrière les nuages épais, et le brouillard était très dense. 

Vers le soir du cinquième jour, le vent était déchaîné: il faisait grincer les portes, tordait les arbres, assommait les maisons. Les réserves d’eau douce déchiraient les digues de l’atmosphère en rauquant sur le sol ébranlé. Un choc sourd, sauvage et vibrant glaçait les gens d’effroi dans le silence de la nuit.

Certains s’enchevêtraient déjà dans leurs lits, quand, soudain, un grondement fort et redoutable s’approcha à pas de géant en s’engouffrant dans leurs tympans. C’était un tsunami. Les uns disent que c’était un préliminaire de la fin du monde, les autres disent que c’était Saint-Jacques Majeur, patron de la ville qui battait son plein. Bref !

La concurrence des forces obscures, les réveilla, les fit se précipiter tout consternés, sous les averses. Alors le peuple, surpris, morfondu, dérangé dans sa sérénité et sa sécurité, s’affolait dans tous les sens, cherchant au hasard un refuge, qui l’exposait davantage à la mort. Terrible affolement !!!

Bêtes, gens, arbres, maisons furent emportés en un clin d’œil par ce monstre féroce. L’inondation, de sa part, gonflait son volume, des exaspérations devenaient de plus en plus grandissantes. Le tsunami arrivait jusqu’à la rue de l’Eglise.

Qui pouvait bien résister à ces flots dévastateurs???!!

Une femme cependant, serrait d’une main son enfant. Elle avait vite grimpé au sommet de l’arbre que l’eau recouvrait presqu’aux trois quarts. Ses yeux furetaient partout, cette mère qui était dans une angoisse extrême. Elle avait passé une nuit blanche, pensant à l’événement qui s’était produit. De temps en temps, elle jetait un regard sur son trésor qu’elle avait épargné.

Le lendemain, la pluie avait cessé; les eaux baissaient; la mer commençait progressivement à reprendre sa place. Le vent lui-même abandonnait déjà l’horizon. Une impression de calme s’opposait au bruit des vagues.

La rescapée était contente, rassérénée, car un trait d’espoir se dessinait sur son visage. Elle entendait à demi-kilomètre de son refuge des tintamarres. C’étaient des voix humaines. Quelle aubaine!!

Alors, elle rassembla toute son énergie pour crier: « anmwey ! anmwey ! men m la! ».

Elle était encore émotionnelle quand elle entendit cette réponse à son appel: « kibò w ye la ?!! »

Elle répondit avec soulagement : « men m bò isit ».

Une barque, ramée par deux hommes, s’approcha de son refuge. Pour accoster, l’un des deux lui demanda de descendre aussi rapidement que possible, de peur que les flots ne l’emportassent encore une fois. La jacmélienne hésita, car son bébé la gênait et elle avait bien peur de le perdre.

Mais, avec sévérité l’autre lui accorda dix secondes pour envoyer par avance l’enfant pour que la descente lui fût beaucoup plus facile. Car ils avaient peur du courant impétueux.

Le feu lui brûlait les entrailles, mais, comme c’était une question de vie ou de mort, elle lâcha sa proie brusquement. Mon Dieu!!! c’était une poupée qu’elle avait embrassée à la place de l’enfant déjà emporté par les courants.

Raoul Duffy Lindor

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