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Le Paradoxe Marginal-Intégré


« Lè moun Lasalin pran lari,
Kraze tout kay ki byen make.
Moun sa yo pa pale franse.
Pa konprann yo pa gen lespri.
Yo konn byen kilès ki lennmi. »

Manno Charlemagne, Rekòt kafe

Quel rapport existe-t-il entre la condition humaine et la thermodynamique, (discipline étudiant l’énergie physique et les différents changements d’état de la matière) ? Lorsque j’apprends comment Amala et Kamala, les fameux enfants-loups, ont été morphologiquement des hommes, mais psychologiquement des loups, je suis moins tenté de répondre : « aucun ». Le mythe de la fondation de Rome par Romulus et Rémus, élevés par la Louve Romaine, n’y est pour rien. – Je constate seulement qu’autant que la matière peut changer d’état, autant la condition humaine, soumise à certains stress, peut l’être. Elle peut sublimer ou se dégrader. – Bien sur, l’Homme n’est pas un spécialiste. Je me hasarde à évoquer le mythe prométhéen en guise d’exemple, où l’Homme oublié lors de la distribution des dons aux êtres terrestres, obtient du héros-voleur Prométhée, le feu des dieux. C’est peut-être ce qui fait tout le charme de l’Homme : être capable de s’adapter à nombre de conditions existentielles sans compromettre sa conservation, sans conserver une représentation profane de la condition humaine. – Condition, certes sans étantité ontologique, mais conventionnelle définie dans le cadre des communautés humaines. – La question de la prise en charge de l’homme par l’Homme et réciproquement (dans la perspective récursive d’Edgard Morin), s’écrit donc en lettre forte. Autrement dit, toute forme de marginalisation risque de repousser la Condition Humaine vers les bas-fonds de sa plus vile expression. Un vélo neuf laissé dans un coin d’une pièce morte se dégrade plus rapidement qu’un « dezyèm-men » utilisé régulièrement. Pourquoi ? Parce que, de l’avis des spiritualistes, la présence de l’homme renforce la viabilité des êtres et des choses avec lesquelles il est en contact. – Parce que, de l’avis des scientifiques, la dégradation est la finalité nécessaire des choses. Mais en ce qui nous concerne, c’est parce que la « Marginalisation est dégradante ». – Le marginalisé, enveloppé dans une extra-conscience centrifuge, se replie dans la condition humaine de la marge, rempli, avec raison, de certitudes anticonformistes, hors-norme. À ce titre, il devient la base névralgique et latente de la conception et l’opérationnalisation de l’antisystème. Antonio Gramsci ne dit pas le contraire quand il croit, abondant sur le rôle de l’intellectuel, que l’erreur de ce dernier, c’est qu’il pense qu’il peut comprendre sans connaître, or connaître c’est expérimenter. Pour avoir vécu et vivant encore l’expérience des méfaits radicaux du système, le marginalisé est nécessairement l’agent de l’antisystème. Manno Charlemagne dirait : « Pozisyon de klas li, se sa ki konte ». Le marginalisé doit mettre en branle la mécanique de l’antisystème, détruire ce qui est, pour construire ce qui doit être.

C’est une longue histoire. Un lourd passé, à dents d’excavatrice, qu’il importe de pousser devant soi pour creuser dans la pierre dure des conditionnements séculaires, afin de laisser aux héritiers une route plus sûre vers ce que nous sommes. – Ici, la marginalisation est l’histoire d’un questionnement légitime et juste : « Et ceux-là dont leurs pères sont en Afrique, n’auront-ils donc rien » ? Un questionnement « impératicidaire ». (Je ne vous dirai pas que je parle de Dessalines le Grand. De tels propos ne peuvent émaner que d’une âme sublimée comme la sienne). – Lorsque Thomaso Parentucceli/Nicolas V et les grandes puissances européennes, ont compris, dans un élan de mégalomanie maladive, de chauvinisme obsessionnel, et de cleptomanie calculée, qu’ils devaient se partager Katyopa, nous avons vu tous les dés de César jetés, et tous nos remparts de « Rubicon » traversés, pour jeter, sur nous, l’opprobre, la désolation, et la Marginalisation. – De la porte de Non-retour aux Cases-nègres, en passant par les cales de négrier, tous nos réflexes, et toutes nos conceptions s’en trouvaient modifiées aussi profondément que durablement. Je pense à nos conceptions de « Dieu », de la vie, de la communauté, de nous-mêmes, de la solidarité, de l’espace, du temps, du travail, de la richesse, de la connaissance, etc. Nous avons, hélas, intégré des paradigmes qui signaient notre mort civilisationnel. Or, au grand damne des complexés d’infériorité, M’Bog Bassong, penseur afrocentrique moderne monumental, eut à dire, qu’il n’y a pas de pensée universelle, mais que s’il devait y en avoir une, ce serait la pensée africaine, car elle seule, a ce souci têtu de reproduire l’ordre universel sur terre. – Sur cette terre d’Ayi-ti, souillé du sang des Tayinos, éventrés par la Croix et l’épée (ces armes « ras-kabrit » qui restent sur les lieux du crime), un document essentiel cristallisait toute cette rhétorique de la marginalisation : Le Code Noir. Résultat d’un effort théorique enraciné dans des considérations religieuses qui remontent au VIe siècle avant J-C, élaborées par des captifs traumatisés, projetant de reproduire, sur d’autres « Cham et Canaan » de ma race, leurs déboires passés. – Même « le siècle des lumières » n’a pas su éclairer les sentiers sombres du colon viscéral aigri, voire suggérer au caucasien judéo-chrétien une conscience élargie de l’humanité. Pour eux, le noir et la femme, ne seront jamais tout-à-fait des humains à part entière. C’est dans ce marasme hétéroclite que mes ancêtres, cette lignée à travers quoi l’énergie du grand OLOHOUM s’est déployée pour me faire exister et manifester à la lumière d’Atibon-Legba (Solèy Jistis et pòtèd-Lavi), sont plongés de force, puis forcés à contempler un « bonheur-horizon » reculant autant qu’on s’y approche pour s’évanouir dans une promesse de « ciel-mirage-lespwafèviv ». Du haut de nos pyramides, où le profanateur Napoléon Bonaparte y a cru contemplé seulement quarante siècles d’histoire, nous sommes tombés hier dans leur « géhenne » de comptoirs, de plantations et de paroisses, et nous tombons aujourd’hui dans leur enfer de Ville anarchique en bord de mer, leur économie libérale extravertie, leur factorie-salaire-minimum, et encore leur paroisse, leur école, leur vision du monde. – D’hier à aujourd’hui, le circuit de la richesse n’a pas changé de cours. Des mains lestes du citoyen et de la citoyenne, elle fait toujours une assez longue escale dans des poches de soutane sur l’autel, ou de veste sur la chaire, en passant par le passoir « laïque » des finances publiques, ou par des poches de « tuye-lanp » des barons de tribune. Et dire que la plupart sont des sous-traitants, à la solde d’une mégastructure métacoloniale de plus de 527 ans. Temps fou d’essai de l’inacceptable. C’est être naïf de se confier encore à nos tombeurs. Il faut radicalement passer à autre chose !

Pour combattre une chose, il faut la connaitre. Pour la détruire, il faut la déconstruire. C’est-à-dire, se doter de cette capacité nécessaire de pouvoir remonter à sa genèse. En route vers ses racines, creuser la terre autant que creuser se peut. Comme il s’agit d’un système, admettre péremptoirement sa complexité, et en faire une approche holistique. Autrement dit, déduire que l’élément n’a d’utilité intelligente que parce qu’il est imbriqué dans un processus systémique. – Peut-on penser l’arbre sans la pluie ou la Pluie sans l’arbre ? Peut-on penser le « Moun » sans la civilisation ou la civilisation sans le « Moun » ? – Djehuty Thot le trois fois grand gravait dans l’émeraude cette assertion aussi poétique que vraie : « La matière coule comme un fluide ». – De fait, déconstruire un système c’est se souvenir qu’entre ses éléments constitutifs, il n’y a pas d’étanchéité dans la circulation des énergies qui les animent. De telle sorte que dans un pays capitaliste, la « perspective de marché » traverse prioritairement toutes les superstructures : La Religion dominante (Max Weber confirme ce propos en traitant du rapport entre le Christianisme réformé et le capitalisme) ; les idéologies politiques dominantes ; le système éducatif ; le système économique ; etc… C’est se rappeler aussi qu’autant la matière peut s’agréger, autant elle peut se désagréger, se dégrader ou se sublimer sous l’action de l’Agent-Transmuteur. « La réalité politique totale » est, sur cette base, une matière subtile qui se laisse travailler constamment par ce dernier, pour une production de sens et de non-sens. Cet agent doit être un élément politique conscient des obligations d’ordre collectif qui lui incombent, et surtout conscient qu’il n’est pas seul dans l’univers visible et invisible. – Chez nous, la préoccupation est tout autre. Elle cherche le plus souvent à refléter cet aveu cru de Napoléon : « Ma décision de détruire St-Domingue, (Redevenu Ayi-ti à partir de 1804,) n’est pas tant pour des considérations d’ordre commercial, mais pour empêcher la marche des noirs dans le nouveau monde. » Cette obsession de la « Marge nécessaire » est, ici, caractéristique du système.

En fait, l’existence de la marge répond à une double vocation : Celle de permettre le mouvement progressif ou régressif, à savoir justifier les actions du Centre, voire dans une certaine mesure, rendre possible ses actions ; et celle de constituer l’antisystème. – Dynamique d’ordre dialectique au sens hégélien, mais dérivant malencontreusement vers des perspectives cyniques, machiavéliques, entretenues par un système qui crée son chaos pour y enraciner son ordre. – La condition coloniale-esclavagiste, par exemple, est un « chaos humain totalisant » qui, comme les fourneaux (chauffés sept fois) de l’enfer du nègre esclavagisé, fait tourner les machines du paradis des colons. – A-t-on jamais compris que ce « paradis » ne pourra objectivement pas être le nôtre, car il a été rendu opérationnel pour rouler à l’essence de nos enfers, de nos sueurs et de nos sangs. Dupés, certains s’y cherchent une place, c’est qu’ils n’ont pas compris la question et la Réponse de Makandal aux visages pâles : « Ce paradis que vous me promettez, c’est là que vous irez aussi ? » La réponse étant affirmative, alors il rétorqua : « S’il faut que j’aille au même endroit que vous, je préfère encore aller rejoindre mes ancêtres en Guinée. » Par analogie, quelle grande duperie de croire qu’aujourd’hui le paradis de l’haïtien est ailleurs que sur la Terre de Boukman, de Grann Toya, et de Dessalines ! Et combien sage il sera, l’Ayisyen authentique qui comprendra que, contrairement aux mannes du désert, le paradis ne nous tombera pas sur la tête, mais doit germer dans nos têtes et dans nos cœurs. – Il est toujours plaisant de constater les techniques de substitution utilisées par l’Occident et leur diaspora en Ayiti et dans le monde : dès qu’ils ont fini de tirer tout l’avantage possible d’une situation, il la déclare prohibée à coup de conventions, d’accords, de traités, et de lois-types, moins dans un souci de solidarité internationale que d’empêcher que d’autres contrées « maudites » ne deviennent, empruntant le même chemin, les nouveaux maîtres du monde. La plupart des villes côtières françaises, fastueuses, n’ont été façonnées que par l’économie coloniale-esclavagiste, aujourd’hui crime contre l’humanité, cognant encore la tête aux remparts d’un refus systématique de réparation civile de la part de l’oppresseur. Ce nouveau statut du « colonial-esclavagiste » coïncide avec la montée en puissance du capitalisme néolibéral. Ce n’est pas un hasard. Lorsque ce dernier système aura fourni tout son jus, il sera lui aussi prohibé, et on passera tranquillement à autre chose. – Les civilisations africaines et autochtones d’Amérique ont un attachement ontologique à la nature. Elles ont été annihilées, puis remplacées par celle de l’Occident judéo-chrétien, qui promet à l’Homme qu’il est le maître de la nature. Évidemment, cette blanche duperie a conduit à la surexploitation de l’environnement, à la destruction des écosystèmes, à un recul généralisé des systèmes vitaux. Ça a donné les grandes conventions comme l’accord de Kyoto et Cop 21, comme si la problématique de la protection de l’environnement est une question d’épopée juridique, sans être d’abord civilisationnel. – L’Aigle, L’Hexagone, La feuille d’érable, et bien d’autres sont tous des empires de Verre, et des mirages dans le désert de nos ignorances. Et face à cela, nos oasis ne seront jamais autres que nos perspectives ancestrales et nos paradigmes civilisationnels. C’est de là que nous pouvons nous projeter, car il sera toujours vain de sauter à partir du vide. –

L’idée est peut-être fascinante, et le plaisir de l’aventure tentant, mais il n’y aura jamais de « Robinson Crusoé » dans un système, même radicalement exclusif. On aura beau élever des murs aussi hauts qu’on le veuille, et les coiffer de barbelés, objectivement, le « Marginal-Total » reste une utopie. – Néanmoins, il faut reconnaître que la possibilité d’un tel réel est intéressante en termes d’expérimentation de la « Liberté dans la solitude ou dans la marginalisation ». Dans l’un ou dans l’autre cas, il y a matière à de nouvelles théories à propos. Soit d’être dans un contexte où la norme est générée constamment et instamment par le sujet, lequel se charge nécessairement de sa création, son interprétation, son application, sa modification, et sa révocation, et de n’avoir pour seules limites que sa volonté, l’habitude, et les contraintes matérielles ; ou d’être dans une situation où le sujet-marginal ne se sent plus lié à la norme, voire d’être en rébellion, et d’exercer une liberté proscrite au centre mais admise dans la marge. – Or justement, ce que j’appelle un paradoxe, c’est le fait que le Marginal ne peut jamais être exclu. Il est et sera toujours un « Marginal-Intégré ». C’est-à-dire une création du système. Cela participe d’une approche holistique plutôt qu’élémentaire, dans la mesure où comme il était suggéré plus haut, « la nature produit toujours son contraire, et le sens, le non-sens, afin de rendre le mouvement possible ». – Concrètement, en Ayi-ti, le « Marginal-Intégré » est un élément déconstruit puis reconstruit. Il a été enlevé de son creuset anthroposociologique, a vu les paradigmes civilisationnels, auxquels il s’identifie, s’inverser. Victime d’une rupture des rapports cognitifs avec son territoire d’origine, c’est dépouillé et partiellement inculte qu’il appréhende les côtes de l’enfer colonial, sans traverser de Styx ni de purgatoire. Au contact des taïnos rescapés qui ont pu échapper aux glaives des Colomb, et des Las Casas, une certaine compensation a été rendue possible, profilant le seul syncrétisme réel consenti mais non-forcé. L’autre a été le résultat d’une stratégie de résistance au système, connu sous le nom de Marronnage. C’était tout autant un repli-marginalisant volontaire, en vue d’empêcher l’accès du système aux profondeurs de la psyché collective des opprimés. Autrement dit, ce fut et c’est encore une pédagogie de résistance totale, marronnages physique et morale, face à l’oppresseur et ses schèmes civilisationnels déshumanisants. Au nom de la Liberté qu’ils ont connue, ont perdue, puis revendiquent, une grande cristallisation spirituelle et politique a su leur offrir Bwa-Kayiman, Vertières, et 1804, éjectant le Blanc de son statut d’élément supérieur. Par calcul pour ce dernier, mais hélas, pour nous, par une regrettable contamination au syndrome de Stockholm, les thèses du Comte d’Arthur de Gobineau (sur l’inégalité des races humaines ou la supériorité de la race blanche), bien que combattu par celles de notre Anténor Firmin national (sur l’égalité des races humaines), ont été intégrées inconsciemment par les masses traumatisées, en quête d’un archétype civilisationnel étranger face à la crise préfabriquée du leur. – Comme des cafards à l’école des poules, ils cherchent Dieu dans les églises (pour avoir cru, avec naïveté, que « Dieu » a attendu la naissance très tardive du leucoderme pour se dévoiler aux aînés de l’Humanité), le savoir dans les congrégations, et le Bien-être chez les OI, les ONG et les Multinationales. – Malgré tout, le Marginal reste un Intégré au système. La sagesse africaine dit, à juste titre, que la déviance, l’exclusion, et toutes autres formes de « maladies sociales » sont d’abord imputables à la société en tant que telle, dans la mesure où elle est objectivement la génératrice fondamentale de tout état antisocial, et creuset matriciel de son état et de son avenir. De telle sorte que tout élément marginalisé est forcément une construction du système pour les besoins de conservation d’un « Ordre » donné. À ce titre, on peut considérer, qu’en matière de composition organique, il n’y a pas d’extérieur à un système, sinon cet extérieur ne saurait être conçu que comme les « pas-futurs » du système dans le sens de son évolution ou dans l’anti-sens qu’est son abolition. Et en vertu du principe de « non-perfection systémique », la chute d’un système est toujours une implosion, dans le sens que l’obsession de la conservation de son état, a provoqué l’entretien, par lui, d’une marge nécessaire qui est à la fois sa force et sa faiblesse. Alors, le Marginal-Intégré, locataire naturel de cette marge, une fois le dépassement de résilience atteint, rentre dans une phase de résistance, de destruction, puis de substitution. Au contraire de ses présomptions fallacieuses et de ses prédictions présomptueuses, le système réalise que le Marginal-Intégré, en plus d’être d’emblée un élément interne du système, est aussi capable, comme peut-être lui seul, de le renverser. Ce n’est guère une tâche facile. Cette conscience de menace réciproque est, pour le système et l’antisystème, leur baril de poudre et leur gala inaugural de cette guerre dont l’enjeu est la « Réaction » ou le « Changement ». À partir de ce moment, la loi martiale rentre en vigueur. À la guerre comme à la guerre ! « Grenadye, Alaso ! Sa ki mouri zafè a yo. »

À la suite du Houngan, Prince d’Aïssò de Zè du Bénin Joseph Pierre Léonard, qui demanda « Mais qu’est-ce qui fait l’Union !? » quand on lui a dit que « L’union fait la force », je déplore que les marginaux-intégrés n’aient pas su dégager une conscience collective, historique, objective et proactive, en vue de constituer, face à leurs oppresseurs, un bloc monolithique, une pierre d’achoppement, la pierre angulaire de leur rédemption. – Qu’est-ce qui fait l’union ? Autrement questionné : « Aurons-nous jamais d’union pour faire la force, si nous ne savons pas de quoi l’union est faite ? » – Machiavel répond qu’il est fait de situation objective. Je le soupçonne d’avoir bu à la bouche de nos « Grandèt-Majè » qui se plaisent souvent à dire : « Se sitiyasyon ki fè aksyon. » Pétion et ses mulâtres ne se sont liés à Dessalines et ses nouveaux-libres que parce qu’il y avait un ennemi commun, mais très improbablement un intérêt commun, car, pour ma décharge, si on m’accuse de procès d’intention, je dirai : « Attendu que dès l’indépendance, les mulâtres ont réclamé la totalité des terres laissées par les colons ; Attendu que Dessalines a rétorqué en exigeant une part pour ceux dont leurs pères sont en Afrique ; Attendu que pour cette question légitime entre autres, il a été assassiné, et que depuis lors jusqu’à aujourd’hui « Pèsonn pa konn ki PÈ ki te tiye Lanpèrè », (même si, dans ce morceau de phrase, on a au moins un élément d’information) ; Attendu que Pétion était l’âme de ce vaste complot antinational de l’aveu des historiens – Qu’il plaise aux lecteurs d’en déduire qu’il y a effectivement défaut d’intérêt commun entre les anciens et les nouveaux libres. Que Dessalines visait une société inclusive où la richesse serait accessible à tous, mais que Pétion était dans une perspective de société exclusive, inégalitaire, élitiste. Que du lancement de la Contre-révolution en 1806 à nos jours, c’est le projet de société d’Alexandre Sabès Pétion qui a cours. Que, par conséquent, il y a lieu pour les Marginaux-Intégrés de rétablir le projet Dessalinien. Et ce sera Justice. » –
J’en appelle à ma génération : la génération « Ogou Feray ». Elle doit comprendre qu’il n’y a pas de demi-mesure dans une révolution. Lénine – je rappelle qu’il était Russe -, disait dans ses thèses d’avril, que certains, à cause même de leurs privilèges dans le système, d’où leur intérêt dans le statu quo, seront toujours objectivement dangereux pour la Révolution ; (même s’il faut, avec Bourdieu, admettre qu’il nous faudra toujours des « Intercists » pour détruire le système de son « intérieur-organique » même). À partir de ce moment, il convient de les identifier dans tous les domaines où l’esprit humain se trouve impliqué pour y être formaté. Autrement dit, c’est se demander, dans ce système antinational, quelle est la religion privilégiée, les modèles éducatif, socio-économique, politique, culturel, cognitif et idéologique privilégiés, et qui en fait la promotion. Une fois cette identification faite, ce sera un grand pas dans la lutte pour le changement que nous voulons vraiment. Souvenez-vous aussi ardemment que possible que c’est cela « La Matrice » qui génère et régénère le système. Que dans une pédagogie de combat efficace, il faut viser ce centre-matriciel et la périphérie s’écroulera dans son éclat. Alors seulement, cet Ayi-ti, dont les Africains se sont appropriés en évinçant le Colon leucoderme ; cet Ayiti, construit sur l’Amour, la vérité historique, le communautarisme des « Bitasyon » et des « Lakous », la conscience collective d’enracinement dans un même creuset civilisationnel, le respect des ancêtres méritants, le respect de la vie sous toutes ses formes, le respect de la tradition, la promotion de la science, la vertu, et j’en passe ; cet Ayiti, « Terre élevée abritant les 21 Nanchons », où la mère Afrique élit domicile en Amérique (en harmonie avec les Taïnos) ; Ayiti, ce fruit sublimé, de ce projet « Ginen », verra le jour, et guidera à nouveau l’Humanité toute entière vers la Lumière.

Puisse Olowoum et tous les « Ginen » nous en donner la Volonté, la Force et la Sagesse qu’il faut !!!

Ago ! Agosi ! Agola !

Ayibobo !

Jean-Marcus RAYMOND,
Av. / Enseignant.

1 commentaire pour “Le Paradoxe Marginal-Intégré”

  1. Avatar Grégory CHARLES dit :

    Mes félicitations Me Marcus.
    Ça c’est la pensée d’un intellectuel

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