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La montagne ensorcelée : premier récit paysan de Jacques Roumain


Publié en version bilingue (Français-Anglais) en 2004 aux Éditions New Hemisphère Books par le docteur en littérature et professeur à l’Université de New York Frantz Antoine Leconte, en collaboration avec Dr Alfonso Garcia Osuna, « La montagne ensorcelée », premier récit de Jacques Roumain, préfacé par Jean Price Mars et paru en 1931 à l’Imprimerie E. Chassaing à Port-au-Prince, est devenu « The Bewitched Mountaing ».

Co-créateur de la « Revue Indigène » avec Carl Brouard, Emile Roumer, Philippe Thoby-Marcelin, Antonio Vieux en 1927, fondateur du parti communiste haïtien en 1934 dont il fut le Secrétaire général, il publia avec Christian Beaulieu « Analyse schématique 32-34 », essai socio-politique. Diplomate, Jacques Roumain qui vit le jour le 4 Juin 1907 à Port-au-Prince dans une famille aisée, cultivée et très politisée, est mort le 18 Août 1944, à l’âge de 37 ans de la cirrhose du foie et de la malaria. À part « La montagne ensorcelée », il a laissé d’autres œuvres remarquables, notamment son roman « Gouverneurs de la rosée » qui a connu un succès mondial.

Le premier récit paysan de Jacques Roumain, « La montagne ensorcelée » ne laisse pas à l’évidence son cadre spatio-temporel. Cependant, certains indices montrent que l’histoire se déroulerait dans le département du Centre du pays, dans un petit village anonyme perché sur le flanc d’une montagne, où la sécheresse et la superstition battent leur plein. Quant à l’époque, elle se situerait probablement à la première moitié du XXe siècle.

Coincé dans le labyrinthe infernal de la poussière, des morts et des maladies superstitieuses, les paysans de ce petit village se plaignent à cor et à cri du mal qui leur tombe dessus à profusion. De temps à autre un nouveau drame, un nouveau malheur les cognent férocement la porte : Dornéval vient de perdre son fils Horatius Pierre-Antoine qui n’a même pas eu encore trois piges ; le taureau que Dorilas a consenti moult sacrifices pour acheter est mort; le cheval de Baptiste n’a pas pu tenir le coup ; Pierrelien, le rejeton de Lazare se trouve entre la vie et la mort. Le pire dans tout cela, une pluie incessante a gâté toute la récolte – Le dernier espoir. Ils se sentent pris au piège de la guigne.

Les villageois se sont déboussolés. Alors, ils cherchent l’origine du mal – un peu comme dans « Les animaux malades de la peste ». Après maintes rencontres, ils ont décidé dans cette dernière, sous la tonnelle de Baptiste de déclarer coupable de leurs malheurs, à l’unanimité, Placinette : vieille dame accusée de mauvaise personne du fait qu’elle s’est comportée comme une étrangère et ne s’est jamais mêlée de l’affaire des autres. Sauf Aurel, l’amant de Grâce, la fille à Placinette et Balletroy, le chef de section qui essaient de dissiper par des paroles conciliantes cette tension. Malheureusement, cela ne tient pas pour longtemps. Les habitants ont lapidé à mort la vieille femme qui essaie de frayer un chemin d’entente entre elle et les villageois. De surcroît, ils ont décapité sa fille, Grâce.

Dans un mélange de français et de créole, Jacques Roumain nous montre en peu de pages jusqu’où l’ignorance peut entrainer l’humain : des personnes n’acceptant radicalement l’existence d’aucune maladie ni de pandémie, ont tué une vieille dame, – soi-disant le diable dans la peau de brebis – qui succombe au premier coup d’assaut. Elles se renvoient toujours à l’explication la plus facile – Placinette – pour répondre à ses multiples préoccupations.

Dans « La montagne ensorcelée », l’auteur de « Bois d’ébène » ne fait pas une chasse aux superstitions, non plus une apologie de celles-ci, sinon que la description d’une réalité typiquement haïtienne.

« L’ignorance est la mère de tous les crimes. Un crime est, avant tout, un manque de raisonnement », dixit Honoré de Balzac. Alors, serait-il un péché de résumer le récit en ses mots : « L’ignorance tue » quand on constate, bien évidemment, la forte présence de ces thématiques tout autour de la trame de l’histoire. N’en déplaise aux thèmes « amour, jalousie, travail, violence, haine, tradition… » qui y sont également.

Chrisvinan Joseph (Christo)
chrisvinanjoseph@gmail.com

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