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Jour 5 : « Osmose » et un autre poème d’Anne-Marie Weyers


La Quinzaine de la Poésie Féminine est une série d’activités virtuelles visant à valoriser la création littéraire des femmes, notamment la poésie à travers le monde. Pour ce cinquième jour de ce grand festival, nous vous invitons à lire « OSMOSE » et « UN OISEAU VIENT ALORS » d’Anne-Marie Weyers.

OSMOSE

En pleine nature ébouriffée, s’intrique ma maison-atelier, trapue et de plain-pied, en parfaite osmose avec le marais. Les roseaux ornent d’ogives leurs tiges tronquées au ras des eaux saturées de ciels, où grèbes et courlis font frémir les nuages, et bruire les rêves, aux ailes ouvertes sur les berges. 

Faite de matériaux simples, bruts, les lignes de ma retraite sont pures, monastiques. Je l’ai conçue pour qu’elle vive au même titre que moi, libre d’exister pour elle-même, de sentir la sève frissonner dans son bois, le froid briser le silence de la pierre. Dialogue muet, échanges par capillarité, sont notre langage quotidien, notre mode d’existence. Elle est mon atelier, mes voix en exil, mes fulgurances ; je suis sa tablette d’argile où elle imprime le chuchotis de ses fonds, l’écho étouffé de ses pierres. 

Dès le lever du jour, et jusqu’à son dernier feu, nous nous employons elle et moi, à capter en délicatesse les infimes variations de la lumière. Celle-ci est notre priorité, notre ciment, notre boussole. Sa musique de cristal ouvre notre souffle, nous offre son velours, ruisselle sur les sens en éveil. Elle est notre peau, notre grâce fugitive. Son œil devient nôtre, en subtilité. Le soleil nous couvre sans peser. Il nous enveloppe de ses nuances, selon les gammes colorées de son parcours amoureux. Caresse furtive de sa clarté ! Elle se coule entre nos pierres et met en joie la chair, pour mener au sein de notre tanière, un rêve de sous-bois, vacillant d’éclaboussures ; elle dévale les prairies de nos tendresses, trace nos inquiétudes en chemins creux, pour y tapir l’espiègle gaîté.  

Nous avons nos secrets, nos désirs d’espace, nos marées, sœurs jumelles de l’océan qui nous fait face, nous ouvrant au voyage intérieur. Nos murs sont nomades, sculptant l’océan par leurs mouvances, éloignant ou rapprochant l’horizon selon le chassé-croisé de leurs humeurs, de leurs gammes d’ombres et de clartés. Plus il est loin de nous, perdu dans la poussière de lumière, plus l’horizon nous est proche, familier, au creux de nos paumes de verdure, de nos pierres de chair et de prière, proche du cœur. L’océan est notre sang, et nous son élan d’âme. Elle a une chair cette âme, des formes graciles, poudreuses, d’un tendre camaïeu grisé, évoluant en vapeurs sur le miroir lavé des plages, vibrantes de leurs mirages de sables parfois nuages. 

La nuit tombant, tout se fond en blancheur sous la lune, et je peins cette blancheur-là, sur des toiles blanches, sur mes murs blancs et ocre, sur ma peau tannée, sur mes rêves. Je peins la lumière avec la lumière elle-même, j’entre dans la toile, ma peau de pierre brute est toile, et je suis le tableau, je suis lumière, souffle, bien-être, je suis état d’être, et là se révèle mon véritable pays d’origine, enfin reconnu, enfin trouvé, retrouvé.


UN OISEAU VIENT ALORS

Soudain, aux confins du désert, l’horizon se mue en nuage de poussière ; une horde de chevaux fous déferle vers vous, et vous engloutit dans son tourbillon de sable.  

Mais parfois, loin de tout mirage, un souffle discret mais puissant, s’invite dans la douceur du jour, au sein même de votre demeure. Il ne fait ni vagues, ni nuage de sable, mais il vous effleure d’une caresse venue du fond de l’âme. Une voix d’origine inconnue, sourd de votre être ; elle est ténue, si subtile, qu’il vous faut, en total abandon, suivre en vous son irrésistible appel. Alors, à travers un labyrinthe que vous croyez reconnaître, elle vous mène vers un coin de nature où chantent les oiseaux, où les herbes sont hautes et les fleurs foisonnantes. Vous y restez simplement, sans penser au dernier pas, sans imaginer le suivant ; vous êtes là, paisible, en osmose totale avec l’environnement, les cinq sens en doux éveil, pour savourer l’instant et le vivre pleinement.

Un oiseau vient alors, d’entre les graminées bouillonnant à foison. Son bec fleuri des senteurs qui vous entourent, s’ouvre à la merveille d’un chant conteur ; il vous dit ses voyages, ses migrations, vous revêt de leurs trésors et, sans quitter l’écrin délicat qui vous accueille, vous partez avec lui, par vents et nuages, dans la nacelle d’un rêve.

Alors, une part ignorée de vous-même, ravive un souvenir à fleur d’oubli, et vous savez que l’indicible advient ; vous en aviez mémoire, mais il y a si longtemps !  Vous étiez loin, si loin.  

La houle d’un frisson soulève les herbes, ondulant par vagues alternées, et vous surfez sur cette mer de nuées où vous n’avez pas d’âge. L’état de grâce ajuste votre vitesse à son degré d’intensité. Une voie se dessine en chemin creux, qui vous porte sur son cœur. Vous ne pouvez résister au charme d’une clarté sublime, qui vous appelle et vous guide ; vous n’êtes pas seul ; tout autour de vous, des voix murmurent en douceur ; un faisceau de lumières s’incarne en votre chair, effaçant vos contours. Vous devenez mémoire sans limite ; certitude de grain de sable, si vieux témoin de vie ; évidence de cristal, d’os, d’écorce, lorsque vous étiez vent ou douce chanson d’étoile ; 

D’évidence vous êtes, et vous êtes évidence. 

C’était il y a si longtemps, c’était hier, c’est à l’instant. 


À PROPOS DE L’AUTEURE :

Anne-Marie Weyers est née à Bruxelles en 1945. Artiste plasticienne et graphique (: peinture, dessin, pastel, illustration, gravure, lithographie…) elle est aussi poète et auteure de nouvelles et de contes qu’elle raconte. Elle a poursuivi études et diverses formations artistiques et littéraires en Belgique, et à l’étranger, dont plusieurs années aux Académies de Prague, de Florence et de Bruxelles). Elle expose en Belgique et à l’étranger (France, Italie, Allemagne, Slovaquie, République tchèque, Canada, Japon, Corée, Cambodge, Espagne, Chine, Autriche, Roumanie). Elle a été primée en peinture, dessin, pastel, poésie et nouvelles.

Dans son travail où coule la vie en filigrane, la peinture et la couleur d’une part, le dessin et le noir et blanc d’autre part, existent en parfaite entente. « Le fantastique, la nature dans ses ramifications mystérieuses mais aussi l’abstraction, lui donnent l’occasion de montrer une aisance certaine dans le jeu des formes, des couleurs, et de la construction » (Belgian Artists).

2 commentaires sur “Jour 5 : « Osmose » et un autre poème d’Anne-Marie Weyers”

  1. Avatar Penez Dominique dit :

    Bonjour serait il possible de me tenir au courant de vos activités ? Pourrai je m y inscrire ?

  2. Avatar Margueritte C. dit :

    J’aime beaucoup l’évocation de votre “retraite”. On aimerait y passer des journées entières.

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