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Jour 15 : « La poésie ne mange pas de pain » de Sarah Mostrel


La Quinzaine de la Poésie Féminine est une série d’activités virtuelles visant à valoriser la création littéraire des femmes, notamment la poésie à travers le monde. Pour ce quinzième jour de ce grand festival, nous vous invitons à découvrir Sarah Mostrel, journaliste et écrivain.

LA POÉSIE NE MANGE PAS DE PAIN

A servir tout frais

Un ensemble de pièces

Pour vous rafraîchir d’une journée harassante

Ce n’est pas un leurre, 

ni un réel présent

ni une matière pour vous convaincre enfin

Juste une entrée qui se voudrait gourmande 

Un encas qui pourrait même être dessert

Plat principal ou plat de senteurs

Une fragrance d’épices 

Un arôme fluvial 

au gré de vos envies

Comme une joute de vers 

Traversant monts de joie

Mont Blanc ou Monts de tristesse

En vue de satisfaire

Vos pupilles aux abois

Votre soif, vos désirs…

Le temps est incertain et je ne prétends pas 

Vous proposer une pièce parfaitement montée 

Ni même une bûche glacée 

Ou un far de Bretagne

Vous vous crêperiez 

sans nul doute le chignon 

avec ce froid de canard 

L’hiver n’a que trop duré !

Réfléchissez.

Je vous suggère :

Une zone inédite, un territoire nouveau

Indéchiffré encore

Entre plaines et montagnes

Vallons, gorges, canyons

Cols, ravines, goulets

Dialoguant en chimère 

avec l’autre versant 

Opposé, érodé

Tabulaire, ondulé

Un réseau bien rôdé

en hauteur, incliné

En phase avec le monde

Transportant tout sujet 

Objets, verbes et virgules

Selon votre bon vouloir…

Des scènes en plein air 

Jouent des jeux érotiques 

Non, rien de mécanique

Plutôt un décor en friche

Où l’on s’étale

Où l’on planche, où l’on balance…

L’épreuve nous donne du relief

Croquignolets ornements

Détrempe, dorure, farces, épigrammes

Les mots s’enchaînent comme filent les grammes

Ce n’est point de la daube, je vous le dis

La pâtisserie est un art pop

Et en cuisine, les cuistots s’affolent

Les clients espèrent les mets

Ils savourent déjà les effluves 

Des marinades, du bréchet

Des accolades, de l’affleurie

Des glaces de viande, tant de promesses !

La terminologie les effraie

Les papillotes, les petits-pieds

Les rouelles, que de tourments ! 

Eux qui voulaient juste siroter

Ce que les autres ont sirupé

Tourné, poché, vanné, bridé

Déguster la chère panée

Parée, levée, grainée, glacée

Faite pour eux, amoureusement…

Ils s’affairent, les grands chefs 

Ils veulent gâter leur clientèle

Ils foncent, ils fraisent, font la fontaine

Epiautent, troussent, manient, mijotent

Les escalopes sont bientôt prêtes

Ils cloutent, blanchissent, cisèlent, dégorgent

Brident, cernent, abaissent, affritent, châtrent

Foncent les casseroles, contisent, crèvent…

N’est-ce point ici le but final de notre discussion vernale

Le noyau qui fait de la vie une source des plus appétissantes ?

Les fruits sont abricotés, confits, garnis, confiturés

Les échaudés et les fumets sont tout braisés, ou dégraissés 

Les essences, annoncent le repas.

Dans ce délire, mangez, braves gens

La poésie vous est servie

Sur un plateau de victuailles

Comblant les entorses, les errances

Le retard des travaux en cours

ou à venir, 

qui sait combien de temps il reste…

A bout de souffle, je vous en prie 

N’hésitez plus, ô âmes en peine

La poésie ne mange pas de pain.

À PROPOS DE L’AUTEURE : 

Sarah Mostrel vit à Paris. Journaliste, écrivain, de formation initiale ingénieur, elle a publié un roman Un amour sous emprise (éd. Trédaniel, 2016) ; deux essais Pour un humanisme éclairé (2017, éd. Au pays rêvé) et Osez dire je t’aime (2009, éd. Grancher), dix recueils de poésie dont Rien à voir (2020, éd. Z4), Le désespoir de Marguerite Duras (2020, éd. Unicité) et Célébration (éd. Unicité, 2016), tous trois illustrés de ses peintures ; Le grand malentendu (éd. Z4, 2016) et Chemin de soi(e) (éd. Auteurs du monde, 2015) illustrés de ses propres photos ; des recueils de nouvelles : Révolte d’une femme libre, La dérive bleutée (éd. L’Echappée belle), trois livres d’artiste dont deux bilingues A cœur défendant (2011) et D’aussi loin qu’il m’en souvienne (2017) aux éditions Transignum. Auteure-interprète, elle a sorti 4 albums dont Chemin de soi (2020) et Des fleurs dans le regard (2017) qu’elle chante sur les scènes parisiennes. Elle a reçu plusieurs prix dont la médaille Arts Sciences Lettres (2015) et figure dans diverses anthologies.

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