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Jour 13 : « Autremonde » et autres poèmes de Tania Ceija


La Quinzaine de la Poésie Féminine est une série d’activités virtuelles visant à valoriser la création littéraire des femmes, notamment la poésie à travers le monde. Pour ce treizième jour de ce grand festival, nous vous invitons à lire « Autremonde » et autres poèmes de la poétesse Tania Ceija.

Autremonde

Je ne sais pas quel temps il fera de l’autre côté de la migration

Un temps de pleurs de chien

Ou un soleil fuyant ?

Des nuages essuyant d’un doigt le ciel ?

Je ne sais pas quel temps d’humain il fera

Un temps d’à bras raccourcis ou de cœur sur la main ?

Une tiède glissade de l’oeil sur mon être ?

Peut-être qu’on me dira :

Mi casa es tu casa

Ou qu’on fermera les persiennes avant que je ne boive à la sonnette du besoin

Je ne sais pas et pourtant je pars

Flamme au ventre

Gorge gonflée de mie de pain

Pour sauver ce qui reste de mes  rêves

Et les briser comme coquilles d’oeuf

Parce qu’on a prononcé mon arrêt de rat mort

Parce que la bombe n’attendait pas mon consentement

Et que la faim me soufflait  :

Cours cours crevette

Je ne sais pas

Et je laisse le sol qui m’a appris l’espace

Le climat qui m’a donné mesure du froid et du chaud

Je pars

Et mon cœur reste accroché à l’utérus de mon pays

Et mon cœur saignera toute sa vie

Sous la main de l’impérieux désir.

Fille de

Je suis la fille du départ et de la nostalgie

Nomade même pas tzigane

Fil et barbarie

Un chant écrit sur les rides précoces

Je suis la fille de fermeté et de trop peu de

Le tremblé et le catégorique

Exubérance petite

Dans le recoin d’une chaise

On te dit d’attendre

On te dit Espère

On te demande Pardonne

On te conseille le travail et la rigueur

Sois la droite de notre vie

Sois mon bâton de vieillesse

Sois la pureté et le lys

Fille du rêve et de l’insupportable

J’ai aspiré cet appel d’air

Les livres tant que se peut

Ecrire dans mes cahiers de maths

Ombre du soleil

J’avais le choix du gant

Et j’ai passé tout ce temps à courir après ma queue

Les chats ne font pas des chihuahas

Et

Tu es la femme de J.

La fille de P.

La mère de T.

Mais ôtés tous ces postiches

Tu es 

La fille du squelette et de l’anorexique

La fille sans corps

La fille toujours oui

Qui pousse sans bruit

Et puis un jour tu as assez bu avalé

Tu as même assez crié

Les cris c’est encore vivre à l’étranger

Tu ne veux plus tenir le fouet

Tu ne veux plus tenir le corps fouetté

Ni regarder le supplice

Tu ébroues tes chaînes

Tu pousses le volet

Tu pars faire le tour du monde de toi-même

Un pas en avant les yeux clignotants une dent arrachée

Et tu deviens 

Ta propre sœur

Ta propre mère

Ta propre épouse

À PROPOS DE L’AUTEURE :

Formée au conte, à la musique et à l’improvisation théâtrale, Tania Ceija se met en 2005 à écrire du slam et, en 2008, des textes de chansons. En chemin, elle croise les filles de Slam Ô Féminin avec qui elle crée deux spectacles joués au Festival d’Avignon 2017. Puis, en septembre 2019, Tania fonde le collectif Les Déméninges avec trois autres slameuses.

Quelques-uns de ses poèmes apparaissent dans des anthologies ou des revues poétiques et plusieurs de ses textes figurent sur « Ramer de l’avant », un CD enregistré en 2016 par le groupe de rock Le Clou tordu. 

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