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Interview : à la rencontre du poète haïtien Samuel Taillefer



Né en Haïti, Samuel Taillefer se définit comme poète lyrique et engagé. Il a publié en juillet 2018 chez Les Engagés Éditions, son second recueil de poèmes « Puis la terre épousa la racine ». Dans le souci de donner la parole aux écrivains, Plimay est allée à la rencontre du jeune auteur.

Plimay : Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, pourriez-vous vous présenter ?

Samuel Taillefer : Pour faire simple, Il n’y a pas grand-chose à dire sinon que je suis Samuel Taillefer, haïtien né sur la terre d’Haïti dans une grande famille de sept (7) membres. Je suis étudiant en Travail Social à l’Université d’Etat d’Haïti, poète lyrique et engagé. Mon ambition consiste non seulement à m’expliquer pour me faire comprendre des autres, mais principalement à pousser chaque individu qui pourrait me lire à chercher à comprendre son prochain, à l’accepter dans ses différences et à l’aimer, même si c’est dans une certaine mesure.

P. : Vous venez de publier votre second recueil de poèmes titré « Puis la terre épousa la racine ». Quels sont les thèmes que vous abordez dans ce livre ?
 
S.T. : En effet, j’en suis à mon deuxième ouvrage, bien que je parle peu du premier « Au bout de mes chaînes ». Il n’empêche que mes deux ouvrages ont la même orientation à savoir l’acceptation, la coexistence et l’amour dans la différence. Dans « Puis la terre épousa la racine » publié avec Les Engagés Editions, je m’efforce d’exprimer mon désir de vivre dans un monde où l’on accepte la diversité naturelle comme une raison d’aller vers l’autre, de l’accepter, de le tolérer et de puiser dans ses différences les forces qui pourraient combler nos propres faiblesses.

Je dois toutefois avertir le lecteur que ce n’est pas un message clairement enregistré dans chaque texte de l’ouvrage. Les thèmes sont variés et on y retrouve des scénarios tout aussi divers. Amour, amitié, trahison, rupture, érotisme, attachement naturel à son pays, on y trouve de tout parce qu’il faut se comprendre et se supporter en tout. Il faudra voir dans chaque texte l’expression de l’autre dans lequel on se retrouve tout en appréciant isolément le flux émotionnel de chaque titre.

Le livre en lui-même fait appel à un dualisme récurrent. Jour et nuit, blanc et noir, des figures qui disent d’elles-mêmes non aux discriminations de toutes sortes, tant qu’elles ne sont pas positives.

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P. : Votre livre porte le titre de
« Puis la terre épousa la racine ». Qu’entendez-vous par ce terme ?

S.T. : En fait, c’est une image assez simple, connue de tout le monde un peu partout. La terre qui se joint à la racine pour apporter le fruit de la vie à l’arbre. C’est une note poétique pour dire que dans nos distinctions, nous sommes capables de complémentarité au service de la vie. L’effort est à la fois simple et naturel. Bâtir une nouvelle humanité avec moins de guerre, moins de faim dans le monde, moins d’enfants abandonnés dans les rues, c’est possible si nous avons pour fondations des échanges harmonieux sur fond de respect, d’acceptation et de tolérance. La sortie de crise de nos sociétés modernes passe par une conscience collective, la reconnaissance de l’autre et le partage.

P. : Racontez-nous vos premiers souvenirs liés à l’écriture !

S.T. : Mon premier pas avec l’écriture, je m’en souviens très bien. C’est en 9e année fondamentale que j’ai écrit mon premier texte, assis dans la cour de notre adresse de l’époque sur une ancienne chaise en bois. Il y avait ma mère à côté qui faisait sa lessive du samedi. Le temps était plutôt agréable, il y avait du soleil, le vent était frais. J’ai écrit mes premières lignes parce que j’étais un « koyo » comme on dit en créole. J’étais fou de cette fille de ma classe à qui je n’osais pas parler et, naturellement, il m’est venu l’idée d’écrire dans un cahier rose vierge de 18 pages tout ce que je ne pouvais lui dire. Ça a donné de la poésie et c’est comme ça que j’ai su que j’avais cela en moi.

P. : Comment définissez-vous votre rapport avec la poésie?
 
S.T. : Je ne pense pas pouvoir répondre objectivement à cette question. Je ne me considère pas un expert d’ailleurs. Seulement, je peux dire que je n’ai jamais mieux pleuré qu’avec ma plume. Je n’ai jamais mieux parlé non plus. La poésie est plus qu’un simple genre à mes yeux. C’est un peu comme une béquille sur laquelle je m’appuis pour mieux comprendre mes sentiments et les exprimer. Les mots ne suffisent pas toujours, mais n’est-ce pas tout ce que nous avons ? La poésie c’est élever le mot au rang de peinture pour mieux peindre avec. Il ne s’agit pas seulement de beauté mais aussi et surtout de profondeur. La poésie c’est le sceau avec lequel nous allons puiser dans les puits de nos âmes. C’est valable même pour la poésie la plus radicale, celle qui est engagée ou celle qui n’exprime que colère et frustration. Toutes les formes de poésie tendent vers la vie, vers un besoin de vivre harmonieusement. C’est une vaste et belle célébration de la vie dans ce qu’elle a de plus pur, beau et profond selon moi.

P. : À quoi sert un poète aujourd’hui dans le contexte du 21ème siècle ?

S.T. : C’est une question pertinente à laquelle je ne suffirai pas à apporter une réponse malheureusement. Le poète ne sait pas toujours ce qu’il est ou pourquoi il est. C’est la sensibilité de ce dernier et le principe même de la poésie qui le poussent dans telle ou telle direction. Même son besoin d’exprimer les choses qu’il ressent à propos de situations, qui ne sont pas forcément les siennes, n’est pas facilement appréhendable. Pour moi, il y a toujours une lutte à mener vers la conscience de l’homme. Le poète, c’est une voix pour l’aboutissement de ces luttes et l’avènement d’une nouvelle humanité. Il y a peut-être une multitude de considérations à faire à leur propos. Mais je commence pour dire que tous les poètes sont des voix engagées. Peu importe le combat, tant qu’il tend vers le bien, il y a ces poètes et poétesses prêts à le porter jusque dans le cœur des hommes.
 
P. : On suppose qu’un écrivain est avant tout un lecteur. Quel genre de livres lisez-vous ?
 
S.T. : On suppose bien. Dans mon cas, en tout cas. Je lis absolument de tout. De la bande dessinée aux ouvrages scientifiques. Je lis tout ce qui présente un intérêt quelconque. Cependant, je dois avouer que j’ai une préférence pour les romans fantastiques et la poésie. Mais, cela ne change rien au fait que je lis de tout.

P. : Avez-vous un autre livre en chantier ? Souhaitez-vous nous en parler ?
 
S.T. : Bien sûr ! J’en ai plus d’un même. Mais je ne souhaite pas vraiment en parler. Je peux seulement dire que mon projet le plus avancé est un roman et que je me plais à essayer ce nouveau genre. C’est un peu comme un défi.

P. : Avez-vous au moins trois livres à proposer à nos lecteurs ? 

S.T. : Oui. D’abord, je proposerais « Le petit prince » de St Exupéry, mon livre préféré. Ensuite, « l’Anthologie d’Albert Buron » de Gary Victor que je lis très lentement pour ne pas le finir trop vite, tant il est bien écrit, avec humour et sérieux en même temps. Et pour finir, « Comment se faire des amis » de Dale Carnegie, un ouvrage de développement personnel. Pour moi, ce sont des livres à lire tant pour se comprendre soi-même, son entourage ou le politicien haïtien et les causes de la crise socio-politique que traverse le pays.

P. : Pour finir, où peut-on se procurer votre livre?
 
S.T. : La maison d’édition qui s’est occupée de la mise en page et, jusque-là, de la distribution du livre est basée aux Pays-Bas. Il est plus facile de commander en ligne directement sur le site de Les Engagés Éditions. Sinon, il faut me contacter directement pour le stock que j’avais fais venir avec le soutien très apprécié du Regroupement des Poètes Engagés dont je suis membre. Mais, le stock est déjà près de l’épuisement, donc le plus tôt sera le mieux. À part ça, il n’y a pas vraiment de point de vente ici, ce qui est regrettable. Mais c’est un détail sur lequel nous comptons bien nous pencher.

Propos recueillis par Jessica Nazaire

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