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« Confiné sous la pluie » de Chrisvinan Joseph


Temps de rage
Fleurs sauvages
Éclair tonnerre et orage

mille vies
mille vides
La ville est mouillée

Par la fenêtre – si l’on peut toujours l’appeler ainsi. Par la fenêtre de cette cabane délabrée,  je regarde, exaspéré, furieux, dégouliner les dernières gouttes… Le tic-tac de l’eau sur le toit voisin exacerbe encore ma fureur. Ce n’est pas possible ! Le ciel est injuste. Une ville qui n’a besoin que pipi de cinq chats pour être inondée ne merite pas toute cette pluie. Foutue ville, foutue pluie, foutu ciel !!!

Par la fenêtre, je visualise ce spectacle hideux que rue première Laraque m’offre. Toute son intimité se dévoile, et ça ne fait pas l’ombre d’un doute. La ravine surabonde. Entre ravine et dépotoir de fatras je ne sais pas quel nom la conviendra le mieux ; j’y voyais beaucoup plus de détritus que de l’eau. Tout le monde s’en bat les couilles ; c’est la règle générale. Au contraire, cela nous aurait été sidéré si l’eau n’avait pas emporté avec elle les voitures se garant dans le vieux garage, l’asphalte sur la route, les piles d’immondices encombrant la ravine. Il y a tout pour les yeux :

Rue infectée d’ordures
décor et arôme
d’une ville prise dans l’ancrage
des verres

rue en rut
rue mortifère

rue dodelinant
dans un hamac
tiré par maladie et mort 

Par la fenêtre, je vois un sac trop plein pour passer un égout. Cet égout se situant à l’angle de la première Laraque et la rue Laraque. Ô comment penser à ce conduit où s’écoulent les eaux sales sans avoir le cœur sur la main. Deux semaines de cela, un jeune homme traversant deux enfants qui ne pouvaient pas franchir cette hémorragie que la pluie laissait, s’est glissé dedans sans jamais se retourner – l’eau avait le feu au cul. Les amis l’ont cherché. La famille. Les voisins. En vain, il a beau tutoyer la mort, mais cette dernière a toujours raison.

Vide éternel
vie et ville
entre
néant et paradis
nous nous en foutons de tous

l’absence est beaucoup plus profonde que le reste
que Dieu aille au diable

Coincé par derrière ma fenêtre, tout d’un coup, une vague de mélancolie m’envahi. Je me sens hors de moi-même. Un ruisselet de larmes glisse sur mes joues. Je me demande tristement, qu’adviendra-t-il aux mouches. Je les ai vues mille et une fois sillonnant les fleurs de bonne odeur de la ravine. Elles chantaient si bien que les marchands n’en font même pas cas d’elles.  Avaient-elles eu la chance de s’échapper avant la grande pluie ? L’eau les a-t-elle emportées également ? Des pauvres innocentes ne peuvent pas mourir ainsi. J’en mettrais ma main à couper pour les revoir.

Douze jours déjà. Douze mi-sé-ra-bles jours que je me suis cloitré dans cette chambre, voilà qu’une pluie vienne ajouter à ma peine, comme si le confinement n’était pas assez. Toujours comme ça : un sort n’est jamais suffi pour un pauvre. En plus d’être sous le seuil de la pauvreté, il va falloir que les maladies, les virus de toutes sortes viennent coller à sa peau. Il parle maintenant d’un nouveau corona virus : Covid-19.

Endémie
Épidémie
Pandémie

Le monde fume sa propre mondialisation.

En attendant un autre drame planétaire pour nous rappeler à l’ordre humanitaire, dans ma chambrette, confiné sous la pluie, j’écris pour m’en sortir.

3 commentaires sur “« Confiné sous la pluie » de Chrisvinan Joseph”

  1. Avatar Nicko Design dit :

    Félicitations

  2. Avatar Muradieu Joseph dit :

    Une écriture-peinture qui raconte et qui expose la rage profonde habitant un être conscient qui cherche à se libérer des griffes de la misère et du désespoir.
    Un texte magnifique, poignant et carrément porteur de vérité que seul un révolté peut d’exprimer…

  3. Avatar Muradieu Joseph dit :

    Lire: peut exprimer

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