+50942978675

contactplimay@gmail.com

Chaire d’obscurantisme


Du haut de sa chaire d’obscurantisme, le type, geôlier de « Dieu », ramène, dans un déferlement chaotique, tous les « moyens-âges » de la conscience et de l’histoire sur l’humanité naïve et apeurée d’aujourd’hui. Le type est maître de l’historicité, par une appropriation perfide, au sens où l’entend Alain Touraine. Il est en mission : « Fabriquer l’obscur ». Dans ce contexte, le titre aurait pu être « Fabrique d’obscurantisme ». Mais  Chaire convient mieux en tant que lieu de parole – n’ont-ils pas dit que tout a été créé par la parole ? – mais une parole qui absorbe toute la lumière, materia prima de l’intelligence ou de l’imagination, tels des trous noirs (sonores) qui font du bruit mais pas de bien. Sans lumière, Albert Einstein regretterait d’avoir dit que l’imagination est tout et surtout un aperçu des choses à venir. Et sans lumière, que deviendrait-il, pauvre Lucifer, résolu depuis ce Fiat Lux, à porter le fardeau du Lux , et devenir, pur paradoxe optique, le bouc émissaire du fabricant d’obscurantisme.

Petite anecdote : juste à côté de chez moi, il y a une petite église qui essaie de sortir la tête de l’eau, et pourquoi pas, trouver du financement d’une de ces missions évangéliques américaines. À propos, et ce n’est pas Past. Jean Fils-Aimé qui vous le dira, l’un des principes cartésiens de l’occupation américaine, était de nous donner de la Religion à profusion, vu notre propension naturelle à croire. Question de répliquer le point fort de la doctrine finement élaborée par Théodore Le Mollien, dans la perspective de maintenir Ayiti sous domination malgré l’indépendance. Ainsi le secteur protestant évangélique était implanté et grassement financé pour remplir sa mission en Haïti : Fabriquer l’obscurantisme, autant, voire plus que ne le faisait déjà la « Sainte Église Catholique et Apostolique Romaine », elle-même financée par Vatican, l’État laïque Ayisyen, et la bourse des brebis.

Pour y revenir, j’ai entendu de mes oreilles, le pasteur de cette petite église à côté de chez moi, se plaire à dire, avec une fière désinvolture, aux brebis égarées, que contrairement à ce qu’ils arguent, ce n’est pas Dessalines le père de la Nation haïtienne, mais plutôt Abraham, car la bible, parlant de lui, dit qu’il est le père des nations. J’étais pris d’une juste colère quelques instants, et parlant fort, afin qu’il m’entende ; j’ai dénoncé ce haut lieu de la bêtise humaine, cette production en masse d’idiotie, et cette fabrique d’obscurantisme. J’ai repris mes esprits instantanément, car il faut du calme pour « comprendre l’empire »  et les « Oratores » d’Alain Soral, en mal de pouvoir absolu de droit divin. Et dis-je, rien à dire, sinon qu’ils font leur boulot néocolonialiste, et que c’est à nous, dignes héritiers de Jean-Jacques Dessalines Le Grand, de faire le nôtre.

Au fond, cela aurait dû être évident. Je parie qu’on ne trouve guère un grand marché sans une église à proximité, ou en plein milieu. Marché et église sont inextricablement liés. Souvenez-vous, le prophète des juifs a dû se débarrasser lui-même, et avec fracas, des marchands du temple. Le fait est que l’église aime se positionner là où circulent l’argent et les citoyens les plus enclins à la religiosité, qui anticipent le lointain céleste malgré la pesanteur. Ainsi les « Oratores » maintiennent leurs privilèges loin de toutes convoitises, et gardent les brebis hors d’état de nuire.

Alors qu’on croyait avoir dépassé l’obscurantisme, le voilà qui persiste en Ayiti en mission très spéciale. Le pasteur, « Dominus tenebris », du haut de sa chaire d’obscurantisme, prend sa mission très au sérieux. Il procède ainsi :

Il invite à croire et non à savoir. Il est le maître de la pensée unique et absolue. Il fustige la dialectique et alimente la sclérose de l’intelligence questionnante. Il méprise la connaissance des vertus des plantes et autres éléments de la nature, diabolise leurs applications, mais prône la foi aveugle, obscure, obscurantiste.

Il dénigre et combat tous les éléments culturels afro-ayisyen et promeut le bovarysme collectif. Il déresponsabilise l’être ayisyen, et provoque sa métamorphose en citoyen céleste anticipé. Excluant au passage l’action humaine pour l’action de Dieu ou de Satan , par sa rhétorique manichéenne, dualiste.

Il tue nos héros nationaux, par une inlassable propagande négative. Il crache sur tous nos symboles d’identité historique et culturelle : « Bwa Kayiman », « Kreyòl/Langay », nos « Lakous », « Bitasyon », « Demanbre » (unités territoriales et sociologiques si importantes). N’était-ce le Vodou, ses prédications n’auraient pas de teneur. Et j’en passe.

Le type est très malade et est en phase terminale, traumatisé, atteint du syndrome de Stockholm. Il tire ses privilèges de ses financeurs internationaux, internationalistes et de ses suivants naïfs espérant leur salut de l’égrégore même de leurs anciens bourreaux, créé, à leur grand damne, pour leur destruction. Le type vampirise l’énergie des masses appauvries en esprit, et il se dit béni. Il dit à tout bout de champs, à tout passant : « Bondye beni w ! » et il attend son recru en contrebas de sa chaire d’obscurantisme, pour verser la dîme ou un « Shalom » si requis.

Hélas, il faut définitivement libérer Dieu  de ce geôlier « dominus tenebris » comme le suggère le hounga et écrivain Joseph Pierre Léonard. La Chine l’a fait. Regarde comme elle se débrouille très bien avec son petit  Bouddha, qui ressemble d’ailleurs aux chinois. Regarde l’Inde avec son Krishna . Ensemble, ils font tranquillement leur petit bonhomme de chemin vers la puissance et le Salut sans « jésuserie ». Et tout cela, malgré les chantages et les menaces d’enfer du système dominant.

Alors, c’est à se demander pourquoi pas Ayiti avec son Boukman. Il fut un grand mystique et un grand politique. Ou Makandal. Un si grand phytoscientifique. Ou encore Dessalines, le plus grand homme de l’histoire moderne. Hein ! Pourquoi pas Ayiti avec son Vodou. Cette spiritualité et cette science holistique si puissante.

Que dire ? Nous sommes en chemin. « Yon jou la jou. » N’est-ce pas, cousin Lesly Kazak Décembre H. Zamba ?

Jean-Marcus Raymond,
Av. / Éducateur /Vodouisant
jeanmarcusraymond@gmail.com


Bibliographie

Dr FILS-AIMÉ Jean, 200 ans de zombification massive – Les églises évangéliques en Haïti – Le temps des bilans, Québec, autoédition, 2017, 208 p.

Dr PRICE-MARS Jean, Ainsi parla l’oncle, NY : Parapsychology Inc. 1928, Nouvelle Édition, 1954, 243 pp.

SORAL Alain, Comprendre L’Empire, (Demain la gouvernance globale ou la révolte des nations ?), Paris, Éditions Blanche, 2011, 240p.

Étiquettes : , , ,

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Post