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« Caraïbe » de René Philoctècte : un cri lancé à l’unisson au monde antillais


Un quart de siècle nous sépare depuis la publication aux Éditions Mémoire du poème «Caraïbe», quatre mois après le décès de René Philoctècte (1995). Long chant célébrant la Caraïbe de la période précolombienne, revisitant la mémoire coloniale et le XXème siècle. Le texte découpé en versets s’inscrit dans la dynamique continue et formelle du modèle de Saint-John Perse et d’Aimé Césaire. Il rappelle parfois la mémoire des “Amers” ou des “Vents” ou du “Cahier du retour”.

Le poème revisite l’histoire caraïbéenne d’Haïti, de Cuba, de la Jamaïque, de la Guadeloupe et de la Martinique. Célèbre la culture et la diversité des Antilles et en appelle à l’unité, car la Caraïbe – héritage collectif – partage une longue histoire commune de chaines, de vertes cannaies, de sucre, etc.

La figure anaphorique “Jusqu’où porter la voix…” revient comme un refrain ou une litanie qui rappelle la perpétuation du récital qui fonde l’urgence de l’entretien de la mémoire, traduisant la permanence même du conte ici. Passeur de mots, le poète est ici passeur de vie.

«Le mapou chaque nuit allume ses fanaux;

qui donc a bu la lune en queue de cerf-volant?

Qui de l’arc-en-ciel a volé le bonnet?» (p.29)

La diversité culturelle (référence à Bob Marley et à Cuba comme un clin d’œil) ne doit pas nécessairement tuer l’élan du solidaire. En fait, le boitement de l’un n’entraîne-t-il pas la paralysie de l’autre? Philoctècte y fonde sa foi inébranlable.

«Le don de l’un s’accouple avec la chance de l’autre: du pain dominicain sur la table portoricaine ! Le jour de la grenade dans les clartés des Bahamas ! Le panache de mon pays pour le rêve de la Martinique !» (p.45)

Le texte traduit la nécessité du discours unitaire caraïbéen puisque l’arc antillais est baigné par le même bleu, drapé du même ciel, et couvert du même soleil que n’arrive pas à éclabousser la méchanceté du colon. Philoctècte en appelle à une Caraïbe «où la quête de l’un dit la chance de l’autre» (p.21)

«Caraïbe» célèbre un milieu divers, coloré, épanoui, solaire, de volupté, abreuvé «de légendes, gorgé de mystères» ainsi que son pendant «tant d’opprobres, de sang, tant de mépris, de désolation»(p.17). Le poème laisse défiler ces vers rappelant le crime imprescriptible que furent la colonisation et l’esclavage:

«Il fut un temps à la renverse

Où l’on vendait la mort aux enchères» (p.18)

Bonus, le livre ferme sur le dernier poème de Philoctècte avant de s’endormir dans la mort et conclut après avoir interrogé tous :

«Qui donc l’opprobre au front
ose jeter des fleurs à Vertières au Pont Rouge»

«Les dieux habitent des vertiges
où n’entrent pas les flétrissures» (p.55)

James Stanley Jean-Simon

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