+50942978675

contactplimay@gmail.com

Avez-vous déjà dit non à une pute ?


Ce qu’on ne peut pas en parler, on en fait quoi au juste ? Un écrivain, à la différence du reste du monde, n’a pas le luxe de taire tout ce qui ne peut pas être clamé. Il faut les écrire ces choses-là, les sublimer dans l’écriture, leur octroyer une nouvelle vie. D’ailleurs, le courage d’un écrivain est à jauger sous sa plume, à ce qu’il ose entacher d’encre.

Je n’aime pas Sandrine. C’est à vous que je l’annonce en premier. En fait, je crois qu’elle le savait, peut-être mieux que je le savais moi-même. J’en lui confiais seulement des indices. Mais, elle a préféré les ignorer les uns après les autres. Elle s’en remettait au miracle !  Vous me prenez peut-être pour un salaud, quelque chose qui rapproche le plus de ce que l’on pourrait appeler une espèce d’éventreur. Je n’en suis pas un, je suis un romantique. Je vivais mes propres tortures dans un silence honteux. Elle aussi ne m’a jamais fait de déclaration, elle consumait son amour dans un repli maquillé, ou du moins, elle essayait tout simplement de se maintenir en vie grâce à l’amour. Je n’en étais pas dupe, j’étais témoin de ces ombres sur son visage, de ses souffrances. Je n’avais pas simplement les mots qu’il faut pour partager sa maladie, du genre “moi aussi, je t’aime”. C’est presqu’impossible à vivre un amour qui quémande dans le désert des gestes d’attention dans leur version minimale. On ne jette pas à la fenêtre l’amour de cette façon-là. Aimer, d’une certaine façon, c’est comme jouer à pile ou face, rien n’est sûr, tout est à espérer. Le problème, il se trouve que l’amour n’est pas un jeu. Je crois que je ne vivrai pas assez longtemps pour apprendre à refuser l’amour. Cela m’empoignait tout l’intérieur de savoir qu’elle était prête à se donner à moi et que j’étais incapable de la laisser faire.

Vous savez, le pire c’est que cela ne s’arrêtait pas là. Je ne sais pas si vous vous rappelez, je vous ai appelé, c’était un jour des aïeux, je voulais vous parler de quelque chose, mais le temps qu’on terminait la conversation j’avais vite oublié de vous en parler. C’est à propos de Sandrine. Vous voyez, j’étais en train de mettre un peu d’ordre dans ma chambre, j’ai eu à peine le temps d’aller à la porte quand j’ai entendu quelqu’un frapper et Sandrine était déjà dans ma chambre. Furieuse comme jamais avec un air prêt à me demander qu’est-ce je fais dans ma propre chambre. Elle me fixait droit dans les yeux, je voyais que quelque chose n’allait pas bien. Après avoir échangé quelques secondes de silence terrifiant, elle faisait voler ses robes, ses… vous voyez le décor ! La seule phrase qu’elle a prononcée c’était une question : Bon, dis-moi, qu’est-ce que tu ne trouves pas normal chez moi, ne suis-je pas assez bonne femme à ton goût ?

Alors là ! Elle m’a renversé de plus d’une manière. D’abord, je ne m’attendais pas à cette question, si je refusais son cœur ce n’est pas comme si je me fichais de son corps. Ensuite, dans l’état qu’elle était, je n’avais pas grand-chose à dire, je ne pouvais dire quoi que ce soit d’ailleurs. À la vérité, je ne la connais pas dans cette version, pour bien dire, je ne l’imaginais pas aussi grandiose. Elle avait des courbes à vous clouer le bec, elle ne m’a pas ménagé d’ailleurs sur ce point. Je pourrais partager avec vous les détails à votre retour de Rio. J’espère que vous avez connu autant de victuailles là-bas.  Il paraît que les femmes de ce côté de la terre ont la douceur d’un soleil de neuf heures sur les sables de Port Salut.

Revenons à Sandrine ! Vous feriez quoi vous si le hasard vous imposait pareil spectacle? Je vais vous aider à mieux saisir la question. Sandrine avait le charme de deux femmes réunies ce matin-là, c’était d’une perfection telle que je lui intimais l’ordre de ne pas abîmer son corps quand elle tentait de se revêtir. La beauté de sa chair luisait de mille éclats, tout prenait sens dans la distance. J’étais tout excité, j’avais le feu dans la jambe et les mains gourmandes. Elle s’en apercevait. Je crois qu’elle se disait à ce moment précis qu’il n’y avait pas plus vivante femme qu’elle en ce bas monde. C’est, je dirais, la seule vraie chose qu’elle a pu extirper de moi: tout ce désir magmatique. On attendait que nos raz de marées se grossissent pour nous déployer. J’avais envie de m’engouffrer dans toute sa volupté, de butiner partout sur elle, en elle. Oh ! No woman, no paradise mon grand ami.

Comme de véritables adultes, on n’avait pas mis trop de temps à se comprendre. On s’est usé l’un avec l’autre pour jouir, nos compteurs explosaient jours après jours. On a fait ça plein de fois les jours d’après, encore et encore. J’ignorais qu’en touchant aussi près sa chair, je stimulais autant son cœur. Elle me portait davantage de sentiments tendres et inexplicables et je n’arrivais plus à me passer d’elle.

Maintenant, elle est habitée par le sentiment qu’elle n’aura plus rien dans mon cœur qu’une parodie d’affection.  Bizarrement, elle s’en contentait, elle me voulait tout simplement dans sa vie. N’est-ce pas atroce ! Moi, j’ai complètement changé de point de vue sur elle. Je sais deux choses : qu’elle me fait l’amour comme Dieu ne l’avait jamais imaginé ; autre chose, elle ne lui reste peut-être plus rien de noble à part ces sentiments pour lesquels je n’ai rien à foutre. Il faut le dire. Ça me ravage profondément. Vous savez, figurez-vous que je viens d’apprendre qu’elle fréquentait une maquerelle à la Rue 51, pas la peine de deviner le reste pour une femme aussi bien élaborée. D’ailleurs, vous y alliez dans le temps si je me souviens bien. Je voulais savoir si vous étiez au courant et pourquoi vous préfériez garder ça pour vous uniquement.

J’attends impatiemment que vous reveniez au pays. Dans l’intervalle, nous continuerons l’échange. J’espère vous revoir bientôt mon grand ami.

Doriscat Orbruth Stenley

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Post