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Adlyne Bonhomme : une étincelle vive pour la braise du poème


De jeunes femmes, de plus en plus, investissent le champ poétique en Haïti et s’emploient à offrir des épis de vers bleus, capables d’éprouver et d’inscrire le temps dans le figement.

Le poète de Dans la chaleur vacante, André du Bouchet a écrit : « Un poème qu’est-ce ? Rien et pourtant le monde était là ». Le poète Eugène Guillevic croit, quant à lui, que le poème est le procès verbal d’un acte d’amour ou de révolte… Peut-être, ces jeunes femmes ont-elles compris une nécessité d’être saisi du monde, au mieux de « se constater au monde » de le saisir ou enfin, d’en rendre compte.

Adlyne Bonhomme est de cette race. De cette galerie de jeunes femmes gourmandes du dire poétique, qui promettent des jours neufs à la littérature haïtienne.

Dévorée par la poésie et dévoreuse à la fois de la poésie, elle avance doucement, à pas feutrés, syllabe après syllabe, mais toujours décidée, vers la clé qui ouvre le dur corps de la reconnaissance.

Ses poèmes petits lambeaux de vie ou de nuits, lâchés à un endroit ou à un autre sur la page blanche (car tellement riche de blancs), traversent nos sens et nous ouvrent d’emblée à l’expérience d’un érotisme cru. Lisons ce court extrait de L’éternité des cathédrales, son tout premier livre de poèmes publié en Haïti aux Editions de la Rosée.

« Dans ma bouche
Sur ma langue
Il n’y a installée
Que l’eau incassable de tes lèvres »

Adlyne c’est l’expérience du succinct et du vers court. Elle ne me semble aller à la ligne que par nécessité, pour faire un clin d’œil au poète Jean Follain. C’est aussi l’expérience des métaphores souvent in-évidentes, improbables et d’un travail sur la langue, qui peut laisser froid, à plus fortes raisons. Ainsi, peut-on lire d’elle ce vers racontant l’absence du manger dans un poème encore inédit.

« Une table nue
qui trébuche
qui ne sait pas corriger son rêve »

La poésie d’Adlyne est à lire doucement pour ne pas sauter les lignes frappées d’énervement, les coups de gueule subtils. Car elle épouse, toujours sans le dire et dans un élan érotique, les veines coupées du monde dont le sang y émerge, nourrit soit le corps, soit la chute d’un vers ou d’un poème.

Dans L’éternité des cathédrales, elle écrit et c’est tout engagé, dirait-on. Quand on sait ce que vivent les habitants des pays du Sud, leur fragilité de chaque instant :

« Mon amour d’été
Nous avons dans nos doigts
Des poèmes qui tremblent
Comme une soirée sud »

Adlyne fait dans l’exigence du poème et acquiesce, à ce qui, pour le poète André Laude, doit être le fil qui conduit le poème : le civisme. Le poème d’Adlyne parle, non parce qu’il a peur du silence, mais parce qu’il croit une nécessité de faire bouger un fil dans le sens de la vie vraie.

« Et même si toutes les pistes se brûlent
Les saisons, les fleurs, la mer
La cendre de la blessure
Les pierres marcheront libres
Et ils raconteront tous
Que nous avons pendu le désastre »

Invitation donc à lire son recueil L’éternité des cathédrales, un long poème fait de voyages, de tranches de nuits, de corps, de paroles qui brûlent d’émotions les yeux des lecteurs et d’un sensuel qui, pour mieux ouvrir son tapis bleu, broute toute l’herbe du langage.

Kely Vikensy Louis

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