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Adelson Elias : « La poésie est le lieu d’un regard vers l’autre »


Enseignant et journaliste, Adelson Elias est né à Petit-Goave le 2 janvier 1983. Il a publié son premier recueil de poèmes « ossements ivres » chez Bruno Guattari Editeur, en 2019. Passionné de littérature, plus particulièrement de poésie, Adelson anime des ateliers de poésie et publie des lectures de poèmes dans des quotidiens et des revues haïtiens. Dans le souci d’interroger le poète sur son oeuvre et son parcours littéraire, à l’occasion de son dernier titre « Limbes qui tremblent suivi de Adlyne de sel et d’eau » publié chez les Éditions Floraison, Plimay est allé à sa rencontre pour apporter sa parole au grand public.

Plimay : Adelson Elias, pouvez-vous vous présenter ?

Adelson Elias : Je suis né à Petit-Goâve, mais j’ai grandi à Cité soleil jusqu’à l’âge de 14 ans, avant de déménager à nouveau à Petit-Goâve. Je suis un peu cet enfant de l’histoire de l’aiguille et des bruits de trains qui partent vers Hasco. Un peu le gosse qui garde encore vivant, son émerveillement devant un fer de feu rougi dans le Belekou des années 93-94. Et qui a eu, comme cela, le privilège de regarder jouer Wilfrid Montilas.

Je suis formé en journalisme et en Éducation. J’anime des ateliers de poésie et de diction de poèmes à Petit-Goâve. J’ai publié des lectures de textes poétiques dans des quotidiens et des revues en Haïti. J’ai un recueil, « Ossements ivres » publié chez Bruno Guattari Éditeur en 2019. J’ai un deuxième recueil, fraîchement sorti des presses et paru chez les Éditions Floraison. Je compte des contributions dans des œuvres collectives en Haïti et à l’étranger. 

P. : Vous faites partie d’une structure dénommée « Parenthèses littéraires ». Quel est donc l’objectif principal de cette structure ?

A.E. : « Parenthèses littéraires », c’est un club que j’ai créé en 2018, aidé par Wismy Faustin passionné de peinture et de lettres, tout jeune ami et écolier, mais avec une conscience aigue des réalités de son milieu immédiat (Petit-Goâve) et du pays entier. Je l’avais créé parce que touché de la carence éclatante d’espaces littéraires dans la ville et conscient des propositions (boites, ti sourit et atè plat) bien peu avantageuses comme alternative aux jeunes. C’était un peu créer un lieu pouvant jouer le rôle de contrepoison à tout cela.

« Parenthèses littéraires », c’est la proposition d’un autre univers aux jeunes, un espace qui leur parle de choses qui ne blessent pas et qui aiguisent, d’une certaine façon, leur conscience par rapport à la réalité ambiante : la poésie. 

On les initie à travers des ateliers parfois dirigés, parfois libres, à la poésie et leur fait lire certains grands classiques de la poésie française et francophones : Baudelaire, Carême, Rimbaud, Musset, Apollinaire, Verlaine, etc. Mais surtout de la poésie haïtienne dont ils ne connaissaient que très peu de noms et surtout très peu d’œuvres. J’évoque la poésie, mais « Parenthèses littéraires » ne se limite pas à la poésie et à ce cercle fermé des ateliers autour. Comme il fallait un ancrage, on s’en est servie.

Il faut signaler, au passage que certains, à force de lire, commencent aujourd’hui à s’essayer à cette pâte sacrée du langage.

P. : Dans ce monde épuisant où tout va vite et rapide, que peut encore la poésie ?

A.E. : Que peut encore la poésie ? Oh, beaucoup de choses !

Elle permet de s’enquérir des nouvelles du poumon des villes. Du cœur du monde. Et d’en rendre compte. C’est en cela, pour ce qui me concerne, l’idée qu’elle sauvera le monde. La poésie se missionne à dévoiler l’état des lieux du vivre. Et je crois cela, immense ! Si le relai n’est pas pris et que le poumon et le cœur, pris en charge, elle n’y sera en effet pas pour grand-chose ! (Rire)

James Sacré, présentant ses poèmes un jour, a dit que « le poème est un geste pour exister devant l’autre ». C’est, je crois, un geste aussi bien pour aider à ce que l’autre existe dans ce que le mot à de plus complet et de plus exigeant. La poésie est le lieu d’un regard vers l’autre. D’une sensibilité éclatée. D’une humanité. Et c’est justement parce que tout va vite, que doivent pousser les fleurs du poème, de la poésie. Car tout, à force d’aller vite, d’être dominé par la « performance comptable et la frénésie des chiffres » risque, gravement, d’éteindre cette émotion extraordinaire à lui appliquer à l’autre ce regard trempé d’humanité.

P. : Vous venez de publier « Limbes qui tremblent suivi de Adlyne de sel et d’eau » chez les Éditions Floraison, de quoi s’agit-il en effet dans ce recueil ?

A.E. : Effectivement, c’est mon deuxième recueil (je tiens à faire un clin d’œil aux éditions Floraison), après « Ossements ivres » qui avait paru en 2019 chez Bruno Guattari. « Limbes qui tremblent suivi de Adlyne de sel et d’eau », pour ce qui est de la première partie du recueil, c’est la tentation de radiographier des quotidiens blessés. De dire des tables nues et des bouches à l’affût d’enfants. De dire la rue pavée de clous vifs et de pieds nus qui marchent.

La deuxième partie est un prétexte pour dire merci à Adlyne Bonhomme. Pour montrer ma gratitude envers sa main qui m’est tendue depuis des jours devenus secret et m’aide à traverser le pont fragile du vivre.

P. : Quels sont les différents thèmes qui traversent et influencent votre démarche poétique ? 

A.E. : Il suit, à peu de choses près, les mêmes motifs que « Ossements ivres », à savoir la violence, l’amour, la mort, le doute, le paysage, etc.

P. : Un conseil à donner aux jeunes poètes et poétesses de votre génération ?

A.E. : Je leur dirais que le poème n’est jamais pas donné et de faire en sorte que celui-ci ne mendie pas son pain. Et le seul moyen possible pour parvenir à cela est la rigueur dans le travail. Savoir prendre ses distances par rapport à ce qu’on porte sur la page et avoir le courage de brûler quand on se rend compte que tel poème ne tient pas la route. Ou de raturer. Un auteur qui prend l’habitude de revenir sur son travail, de raturer, d’effacer, de brûler quand il faut qu’on brûle, c’est offrir à son œuvre la possibilité de pouvoir lui survivre.

Propos recueillis par Cherlie Rivage

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